The Parthenon Post http://www.theparthenonpost.com Le marathon de l'info en Grèce, par la promo 67 du CFJ Fri, 05 Jul 2013 19:37:03 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.6.1 Exarchia, l’anarchie à la carte http://www.theparthenonpost.com/2013/04/18/exarchia-lanarchie-a-la-carte/ http://www.theparthenonpost.com/2013/04/18/exarchia-lanarchie-a-la-carte/#comments Thu, 18 Apr 2013 14:35:56 +0000 Louvard Antoine http://www.theparthenonpost.com/?p=898 Royaume de la liberté ou repère de délinquants? Oasis ou ghetto ? Ce quartier au coeur d’Athènes, où la police s’aventure rarement, où les militants politiques côtoient les trafiquants de drogue, est un sulfureux îlot autogéré. Suivez les guides du CFJ, en cliquant sur une carte interactive.

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Exarchia est précédé d’une légende noire. Repère malfamé de marginaux en tous genres pour les uns, îlot de liberté au coeur d’Athènes pour les autres, le quartier clive, intrigue et suscite tous les fantasmes. A son évocation, les images affluent de rues en ébulition, de drapeaux révolutionnaires et de slogans appelant au soulèvement.

A l’avant-garde du mouvement anti-austérité en Grèce, les libertaires athéniens ont fait de ce triangle rebelle un quartier général à ciel ouvert : autogestion, projets alternatifs, sécurité et violence. Pour saisir l’essence même de ce quartier atypique, pour comprendre cet univers, au-delà du rejet ou de l’enthousiasme, cliquez sur la carte ci-dessous pour faire apparaître nos reportages.

Antoine LOUVARD & Co

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Aube dorée : « Le FN autorise les homosexuels et les Roms ? Pas nous ! » http://www.theparthenonpost.com/2013/04/17/aube-doree-on-ne-peut-pas-etre-nazi-parce-quon-nest-pas-allemand/ http://www.theparthenonpost.com/2013/04/17/aube-doree-on-ne-peut-pas-etre-nazi-parce-quon-nest-pas-allemand/#comments Wed, 17 Apr 2013 15:27:23 +0000 Araujo (de) David http://www.theparthenonpost.com/?p=4089  

« Xénophobe » pour certains, « néo-nazie » pour d’autres, l’Aube dorée grecque renfonce sa rhétorique nationaliste dans sa légitimité parlementaire. Ourania, responsable du pôle jeunesse et fille du leader d’extrême-droite Nikolaos Michaloliakos, sort son parti de cinq mois de silence médiatique.

 

Les photos d’Ourania, fille du leader de l’Aube dorée Nikolaos Michaloliakos, sont plutôt rares ( photo DR)

Les photos d’Ourania, fille du leader de l’Aube dorée Nikolaos Michaloliakos, sont plutôt rares ( photo DR)

 

Ourania a 24 ans. Quand ses camarades athéniens font la tournée des bars du quartier de Gazi pour oublier leurs sombres perspectives d’avenir, elle, prend en charge le pôle jeunesse de l’Aube dorée. Ce parti d’extrême-droite ultra-nationaliste, dirigé par son père Nikolaos Michaloliakos s’est trouvé renforcé par la crise financière qui sévit en Grèce, au point de placer dix-huit députés sur les bancs du Parlement en mai 2012. Une tendance qui pourrait s’accentuer dans un pays aussi meurtri que désavoué par une grande partie de la zone euro.

Si les raccourcis empruntés lors de cet entretien (agrémenté de plusieurs éléments de contexte en bas-de-page), peuvent incommoder le lecteur français, il s’inscrit pourtant dans une parole politico-médiatique grecque décomplexée, et parfois avide de bouc-émissaires. Mise au point avec l’une des figures du fascisme moderne.

 

« Ourania Michaloliakos, votre parti est régulièrement condamné par les tribunaux pour des actes de violence sur des immigrés (le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe a d’ailleurs dénoncé des « crimes antidémocratiques » de certains de ses sympathisants). Comment un parti élu démocratiquement peut-il cautionner ces actes de barbarie répétés ?

- La violence est partout. Aujourd’hui, on estime qu’environ quarante crimes sont perpétrés tous les jours par des immigrés (1). Les médias se plaignent de notre violence mais ne voient pas celles de ces « pauvres étrangers » qui volent et assassinent. Je ne vais pas vous dire que nous n’avons jamais blessé personne, ce serait évidemment un mensonge (2). Mais je ne suis pas responsable pour tous nos électeurs. Moi, je ne frappe personne (3), mes amis non plus. Il ne s’agit pas de répondre à la violence par la violence, mais de se défendre si l’on est attaqué. De la même manière, personne ne précise si un guet-apens est l’œuvre d’un électeur de Nouvelle Démocratie (parti conservateur) ou du Pasok (parti socialiste). Nous seuls avons droit à ce traitement de faveur. Nous sommes piégés par les médias qui veulent ternir notre image.

 

Rencontre avec Ourania

Une vingtaine de sollicitations restées lettres mortes, pléthore de refus tantôt cordiaux tantôt menaçants, et un historique Firefox repu de sites aussi tendancieux qu’un sketch de Dieudonné… Voilà le périple, étalé sur quatre mois, qui attend le journaliste désireux d’obtenir un verbatim d’Aube dorée.

Récemment installé sur l’avenue Mesogeion, l’une des principales artères d’Athènes, le parti ultra-nationaliste grec a investi un bâtiment glauquissime, avec volets clos, porte blindée et digicode pour seule ouverture vers l’extérieur. Derrière un hublot opaque, deux gaillards vêtus de leurs uniformes paramilitaires surveillent le moindre passant qui s’aventure près du seuil. Sauf que le seuil, c’est déjà trop près. La porte s’ouvre. Molosses un peu, colosses surtout. Polis mais patibulaires, les deux cautions pectorales du parti bloquent l’entrée, le menton haut, les bras croisés et la posture aussi fière qu’une couverture de GQ. Derrière eux, des murs gris comme l’ennui abritent un silence de mort, et des photos de défilés aussi sexy qu’un régiment allemand.

Une jeune fille daigne descendre du premier étage, s’approcher et pencher prudemment la tête dans l’entrebâillement. Elle, c’est Ourania Michaloliakos, en charge du pole jeunesse d’Aube dorée. Fraîchement diplômée d’un master de psycho, elle est accessoirement née d’une mère parlementaire et d’un père leader du parti aux 18 sièges. « Impossible. On n’accorde plus d’interviews. Les médias étrangers nous ont trop desservis. N’insistez pas, je ne répondrai pas. Mes propos ont déjà été trop de fois déformés. »

Démarche balourde et sourire généreux, la brunette de 24 ans acceptera, après d’âpres négociations, de répondre à quelques questions. « Mais pas ici », stipule-t-elle. Tant pis pour le tour du propriétaire, l’entretien se déroule au bar d’une station essence, en sortie d’autoroute de l’Attique. Finalement très disponible, elle commande un café frappé pour tout le monde, puis sort son iPhone 4, orné d’une house rose-bonbon et surmonté d’oreilles de lapin. Loquace mais prudente, elle enregistre en même temps que nous cet entretien en anglais. - S.A. et D.d.A.

- C’est pourquoi vous refusez les interviews depuis novembre 2012 ?

- Ces journalistes qui disaient qu’Aube dorée ne devrait pas être au Parlement pensaient décourager les électeurs de voter pour nous (aux législatives de mai 2012). Les sondages affirmaient que nous ne ferions que 2,5 % des voix, puis 4,9 %. Résultat : on a réuni 7 % des suffrages. Les médias, les sondeurs et les analystes politiques nous mentent. C’en est la preuve.

- Des membres d’Aube dorée ont agressé des spectateurs lors de la première de la pièce Corpus Christi (lire à ce propos : Le martyr de l’Aube dorée). Vous conviendrez que ça n’aide pas à effacer votre réputation sulfureuse…

- Je n’y étais pas. Mais, à vrai dire, je ne comprends vraiment pas qu’il puisse exister une pièce de théâtre dans laquelle Jésus est un « pédé » (4). Personnellement, je m’en fiche un peu de l’aspect religieux. Ce qu’il faut comprendre, c’est que le problème n’est pas religieux mais national. Quand un prêtre déchire un exemplaire du Coran, on a toujours droit à d’énormes émeutes de musulmans dans la rue. Donc, en gros, ça veut dire qu’en Grèce, les musulmans ont le droit de manifester pour défendre leurs convictions, mais que moi, en tant que chrétienne, je n’ai pas le droit de protester contre la pièce d’un Albanais qui veut juste décrédibiliser le Christ.

 

« Les jeunes grecs ne se préoccupent que de boire leur café et regarder la télé ! »

 

- Le fait que le metteur en scène soit Albanais vous rend-il la pièce plus insupportable encore ?

- Les Albanais sont nos ennemis pour des raisons historiques et nationalistes. Evidemment, je n’irai pas jusqu’à tuer tous les Albanais que je croise. Si vous étudiez notre histoire, vous verrez que nous avons versé notre sang pour notre pays. Et pourtant, c’est aux Albanais que l’Epire du Nord a été donné. De nos jours, si quelqu’un parle le grec en Albanie, il finit ses jours en prison (5). Donc, par principe, je n’apprécie pas l’idée que le metteur en scène soit Albanais. Mais ça aurait été encore pire s’il avait été Grec ; je veux croire que mon peuple vaut mieux que ça, même s’il ne le prouve pas vraiment en ce moment…

- Que voulez-vous dire ? L’Aube dorée peut-elle être déçue par son propre peuple ?

- Les Grecs ont prouvé qu’ils ne comprenaient pas des choses qui sont pourtant très simples. Ils ne comprennent pas que notre pays est en train de mourir à cause de la crise économique, à cause du chômage des jeunes, à cause de la production nationale inexistante. Les jeunes grecs ne se préoccupent que de deux choses : boire leur café et regarder la télé ! C’est la faute du capitalisme, qui lave le cerveau des gens pour les forcer à acheter des choses dont ils n’ont pas besoin, et leur faire adopter un style de vie qui n’est pas sain. Les Américains sont les premiers coupables. Ils sont tous obèses (6) et, pourtant, ils produisent des films avec des garçons et des filles minces. C’est absurde. Lorsqu’on promeut une esthétique de la minceur, il faut bien que la société suive. Sans compter qu’ils essayent de nous faire croire qu’on est complètement impuissants. Tous les pays sont puissants ! L’Histoire a prouvé que, lorsque les peuples sont unis et fiers de leur pays, ils acquièrent beaucoup de pouvoir.

- Vous énumérez vos bouc-émissaires idéals, et n’avez pourtant toujours pas cité la Troïka. Venant de vous, c’est assez inhabituel…

- Ça, c’est l’ennemi suprême. Nous voulons la combattre en permettant à notre peuple de s’exprimer, de prendre des décisions qui seraient bonnes pour lui. Si le peuple dit non au FMI, nous disons non au FMI. Parce qu’au final, si la Grèce sort de l’Eurozone, c’est l’Eurozone qui perd au change. Nous avons déjà payé pour l’Euro, donc pourquoi devrions-nous payer à nouveau ? Ils nous réclament un argent que les Allemands nous doivent depuis l’invasion nazie de la Grèce. Mais nous, nous n’avons jamais rien réclamé, c’est là toute la différence.

- Mais que proposez-vous concrètement pour la sortie de crise ?

- Il y aurait tellement de choses à faire… à commencer par une production alimentaire nationale et le renforcement de nos frontières. Les immigrés ne devraient pas pouvoir entrer sur notre territoire (7). Quand nous aurons assez d’argent pour nourrir tous les Grecs, alors seulement ils seront les bienvenus. La Nation en premier, l’Europe et le reste après. Aussi, nous voulons une Grèce qui ne dépende de personne économiquement…

- Quels sont vos liens avec les mouvements d’extrême droite européens ?

- J’ai beaucoup d’amis qui appartiennent à des groupuscules étrangers, mais pas de manière officielle. En France, nous avons quelques idées communes avec le Front National. Je n’ai pas lu tout le programme de Marine Le Pen, mais je crois savoir que nous partageons l’usage du terme « nationaliste ». En revanche, elle autorise les homosexuels ou les Roms dans son parti, pas nous ! (8). Que sont des Roms, dites-moi ? Ces gens ne sont pas des Grecs ! Ils ne peuvent pas se sentir Grecs puisqu’ils ne le sont pas. Je ne veux pas de ça dans mon pays et je pense qu’ils n’ont rien à faire ici. Ils peuvent bien retourner d’où ils viennent.

- On dit que bon nombre de policiers sont des électeurs d’Aube Dorée…

- Ils votent pour nous, c’est vrai. Et pourtant, ils ne peuvent pas adhérer au parti. C’est interdit par la loi. Par contre, si un policier veut entrer au parti communiste, c’est autorisé. Mais passons…

 

« Si quelqu’un est gay et qu’il le cache, on ne le jugera pas »

 

- Comment être jeune, et fille du leader de l’Aube dorée, dans un contexte de radicalisation et de montée des extrêmes (gauche et droite) en Grèce ?

- Mes amis et moi ne parlons pas de politique. Je ne les insulte pas, ils ne m’insultent pas. J’ai des amis communistes et anarchistes et ne suis pas forcément d’accord avec eux. Mais nous avons d’autres choses en commun. J’avais même des amis gays, mais désormais je n’en ai plus. Pas parce qu’ils sont homo mais parce qu’ils ne m’ont pas traitée comme je le souhaitais. Vous savez qu’Aube Dorée n’est pas un parti très gay-friendly… mais chaque membre a sa propre liberté de penser.

- Rappelez-nous la différence entre « ne pas être gay-friendly » et « être homophobe » ?

- Tout dépend de ce que vous entendez par « homophobe ». Ce n’est pas comme si nous étions terrifiés à la vue d’un gay, ou que nous allions le frapper. Mais nous pensons qu’il n’est pas naturel d’être homosexuel. Si quelqu’un est gay et qu’il le cache, on ne le jugera pas. Mais la sexualité doit être en accord avec la morale. Vous ne voudriez pas voir un couple hétéro s’embrasser, pantalons baissés dans les rues… pour les homos, c’est pareil. Tout est une question de limites.

- Pourquoi réfuter le terme de « néo-nazi » depuis votre entrée au Parlement grec ?

- Les médias ne l’utilisent que pour nous discréditer et faire croire aux Grecs que nous sommes leur pire ennemi. On ne peut pas être nazi, pour la simple et bonne raison qu’on n’est pas allemand. Ce n’est pas qu’on déteste les autres, c’est juste qu’on aime notre pays. C’est un crime ? On veut juste que la Grèce soit réservée aux Grecs. Il ne s’agit pas de tuer tous les immigrés. On n’est pas fou. Je veux dire, pour l’amour de Dieu… On croit juste qu’il existe certaines solutions pour assurer un meilleur avenir à nos enfants.

- Vous admettrez que vos symboles et vos items sont très inspirés du IIIe Reich…

- Notre drapeau est inspiré de celui de l’Union Britanniques des fascistes, d’Oswald Mosley. Le rouge est la couleur du sang, et rappelle notre idéologie raciale. Quant à la swastika, c’est un symbole grec ancien que vous pouvez apercevoir dans tout le pays. Si vous pensez que cela ressemble à une croix gammée, c’est parce qu’on ne cesse de vous le répéter dans les médias. C’est de la propagande.

 

« Le monde entier devrait avoir un problème avec les juifs »

 

- Vous considérez-vous comme antisémite (9) ?

- Je pense que le monde entier devrait avoir un problème avec les juifs. Les faits sont parlants. Regardez ce qui se passe en Palestine, à Gaza. Ils ont commis les pires crimes qui soient.

- Vous sentez-vous proche du Hezbollah ?

- Pas vraiment. Même si, personnellement, je peux dire que j’adhère, voire que j’admire qu’un groupe se batte pour son pays. Par ailleurs, je suis convaincue que le sionisme est un ennemi. Mais les musulmans sont pour nous, un ennemi bien plus dangereux encore. L’islam a terrorisé la Grèce depuis trop longtemps pour que nous puissions nous sentir proches d’un parti musulman.

- L’échéance des prochaines élections municipales et européennes approche…

- C’est trop tôt pour en parler. Tout ce que je peux dire, c’est que nous allons faire mieux que lors du dernier scrutin. D’ici là, qui sait… peut être qu’une crise majeure va nous donner encore plus de force. Peut-être qu’à l’inverse, les évènements vont nous desservir. Ces prochains mois seront cruciaux et nous serons à la hauteur. Désormais, les sondages nous donnent 12 % des suffrages. »

Propos recueillis par Sofia ANASTASIO et David de ARAUJO

 

(1) Les chiffres officiels montrent qu’environ la moitié des crimes et vols commis en Grèce le sont par des immigrés, le plus souvent illégaux, appartenant en général à des organisations venues d’Albanie ou de Bulgarie. Pour aller plus loin : BBC – Des Grecs en pleine crise, confrontés à une vague de criminalité (article en anglais).

(2) Les membres d’Aube dorée ont été maintes fois condamnés pour des violences physiques contre les immigrés ou les militants de gauche. Pour aller plus loin : Agoravox – « Les violences xénophobes du parti néo-nazi grec se développent dans l’indifférence générale »

(3) Ourania Michaloliakos a été arrêtée en juin dernier à Athènes. Elle avait été accusée d’avoir agressé avec cinq autres personnes, un homme d’origine pakistanaise. Elle a été relâchée faute de preuves.

(4) Traduit depuis l’anglais : «… a play in which Jesus is a fagg. »

(5) Référence faite à la persécution dans les années 1930 de la minorité grecque qui vivait en Epire du Nord, région du sud de l’Albanie que se sont longtemps disputés les deux pays. Aujourd’hui, rien ne permet d’affirmer que ces violences existent toujours.

(6) Selon le Centre national des statistiques de la santé (Etats-Unis), 35,9% des Américains de plus de vingt ans étaient en 2010.

(7) Dans son programme, Aube Dorée propose de « miner » la frontière entre la Grèce et la Turquie. Pour aller plus loin : Les Inrocks – « Qui sont vraiment ces néo-nazis qui débarquent au Parlement Grec ? »

(8) Si, officiellement, « Les adhérents [du Front National] sont des Français issus de toutes classes socioprofessionnelles, de tous les milieux », et que le parti « n’a pas vocation à regrouper une partie des Français pour s’opposer à une autre », le parti dirigé successivement par Jean-Marie et Marine Le Pen a pris position à plusieurs reprises contre les communautés roms et homosexuelles. Pour aller plus loin : Les Inrocks – « Le FN a un problème avec la question gay » ; Le Figaro – « Roms/marché du travail : le FN est contre »

(9) Le leader du parti Aube Doré, Nikolaos Michaloliakos, a publiquement nié l’existence des chambres à gaz et a érigé Hitler comme « grande personnalité historique du XXe siècle ». Pour aller plus loin : L’Express.fr – « Grèce : le chef néonazi nie l’existence des chambres à gaz »

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Le porno grec dans de sales draps (vidéo) http://www.theparthenonpost.com/2013/04/15/le-porno-grec-dans-de-sales-draps-video/ http://www.theparthenonpost.com/2013/04/15/le-porno-grec-dans-de-sales-draps-video/#comments Mon, 15 Apr 2013 12:36:48 +0000 Araujo (de) David http://www.theparthenonpost.com/?p=4438 Sirina Entertainment, seul survivant grec d'une industrie porno en crise. (DR/Sirina)

Sirina Entertainment, seul survivant grec d’une industrie porno en crise. (photo DR/Sirina)

 

Budgets en berne, désaffection des acteurs professionnels, concurrence étrangère… même l’industrie pornographique est touchée par la crise. Sirina, l’unique société de production de films X, surnage tant bien que mal.

Marie GARREAU de LABARRE, Julien NENY et David de ARAUJO

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La coalition de gauche Syriza à la conquête du pouvoir http://www.theparthenonpost.com/2013/04/11/la-coalition-de-gauche-syriza-a-la-conquete-du-pouvoir/ http://www.theparthenonpost.com/2013/04/11/la-coalition-de-gauche-syriza-a-la-conquete-du-pouvoir/#comments Thu, 11 Apr 2013 16:07:21 +0000 Clemence Fulleda http://www.theparthenonpost.com/?p=2546 Minoritaire il y a trois ans, Syriza est devenue la deuxième force politique grecque. Alors que le gouvernement peine à sortir le pays de la crise, le jeune leader Alexis Tsipras (photo) et ses troupes sont convaincus que le pouvoir pourrait bientôt tomber entre leurs mains. 

A moins de 40 ans, Alexis Tsipras, leader du Syriza,se retrouve sur le devant de la scène politique grecque.

A moins de 40 ans, Alexis Tsipras, leader du Syriza, se retrouve sur le devant de la scène politique grecque.       (photo Wikipédia/DR)

Syriza a le vent en poupe. En un temps record, la « coalition de la gauche radicale » a été propulsée au premier plan du paysage politique grec. Elle a raflé plus de 26 % des voix aux élections législatives de juin 2012, alors qu’elle dépassait péniblement les 3% en 2004, l’année de sa création. Le Syriza s’impose aujourd’hui comme le principal parti d’opposition au gouvernement, formé par les conservateurs de Nouvelle démocratie, les socialistes du Pasok et les membres de la Gauche démocratique. Son jeune leader, Alexis Tsipras, vise ouvertement le poste de premier ministre. 

Etre crédible aux yeux du monde

Du haut de ses 38 ans, Alexis Tsipras a réussi à s’imposer comme la figure quasi incontestée de la coalition, forçant le respect des militants, comme Manolis Benissis, 35 ans, qui avoue « être fan ». Un travail de longue haleine pour cet ancien ingénieur civil. Bien que remarqué en 2006 aux municipales d’Athènes où il avait obtenu un score à deux chiffres, il était peu connu avant de prendre la tête de Synaspismos, le principal parti de Syriza, en 2008.

Le leader charismatique soigne à présent son image à l’étranger pour apparaître comme un interlocuteur crédible. Il multiplie les voyages : en Allemagne, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, et récemment en Angleterre. Analyse de George Contogeorgis, professeur à l’université Panteion d’Athènes : « Syriza a adopté deux langages. Un intransigeant envers le gouvernement, qui s’adresse aux Grecs, et celui utilisé face par exemple aux Etats-Unis, plus centré sur la possibilité d’entamer des négociations. »

Dans les locaux de Synaspismos, principal parti de la coalition de la gauche radicale (Syriza), dans le centre-ville d’Athènes, les militants préparent le congrès national de juillet. Il devrait permettre à Syriza d’adopter une constitution et de devenir un véritable parti.

A Athènes, dans les locaux du Synaspismos, principal parti de la coalition de la gauche radicale, les militants préparent le congrès national de Syriza, prévu en juillet. (photo CFJ/C.F.)

Créer un véritable parti 

Derrière Alexis Tsipras, c’est le branle-bas de combat pour être à la hauteur de cette nouvelle popularité. Premier objectif : unifier les troupes. Le Syriza est en effet un rassemblement d’une quinzaine d’organisations qui ont encore chacune leurs bureaux respectifs.

Celui du Synaspismos occupe les sept étages d’un immeuble de la place Eleftherias (littéralement « place de la liberté »), dans le centre d’Athènes. À l’entrée, un vieil homme accueille les visiteurs, pipe au bec. Deux paliers plus haut, Panagiotis Athanassiadis, membre du service de presse du parti, parcourt derrière ses petites lunettes rondes la résolution politique du Syriza. Adoptée lors d’une première conférence nationale, en décembre dernier, « elle est l’ébauche d’un programme commun », explique-t-il. Au menu : annuler le mémorandum signé avec la troïka (BCE, UE, FMI) , en finir avec les politiques d’austérité, renégocier la dette de la Grèce, nationaliser les banques ou suspendre les privatisations en cours.

« Nous sommes clairement anti-capitalistes. Nous voulons une économie fondée sur les besoins et non sur les profits, mais les différents mouvements du Syriza doivent encore se mettre d’accord sur certains détails », explique Panagiotis Athanassiadis. Alors ce militant, café frappé à main, prépare avec ses collègues et les nombreux bénévoles du Synaspismos le prochain congrès du Syriza, prévu en juillet. Il devrait entériner la création d’un véritable parti. « Ce congrès sera indéniablement un premier pas vers une unification », analyse Elias Nikolakopoulos. « Mais il n’est pas sûr qu’il soit décisif », souligne aussitôt le professeur de sociologie politique, à l’Université d’Athènes.

Mobiliser les forces vives

Difficile en effet de se mettre d’accord sur une organisation interne et sur un programme unique et crédible, entre la quinzaine de groupes qui composent la coalition. « D’autant plus que la plupart des divisions actuelles sont dans le Synaspismos lui-même. Ce parti est traversé par des courants divers depuis sa création dans les années 90 », explique Elias Nikolakopoulos. Le Synaspismos est né d’une scission au sein du KKE, le parti communiste grec, et a intégré au fil des ans aussi bien des eurocommunistes, que des sociaux-démocrates ou des écologistes.

 

Manolis Benissis, 35 ans, milite depuis septembre dernier pour Syriza. (photo C. F / CFJ)

Manolis Benissis, 35 ans, milite depuis septembre dernier pour le Syriza. (photo CFJ/C.F.)

 

Afin de renforcer sa force de frappe, le Syriza a fait le pari de mobiliser les citoyens et de recruter des nouveaux membres pour grossir les rangs des 30 000 actuels. Avec un succès relatif .

Des antennes de Syriza naissent et s’organisent un peu partout dans le pays, comme ici, à ghia Paraskevim, une ville à dix kilomètres au nord d’Athènes.

Des antennes de Syriza naissent et s’organisent un peu partout dans le pays, comme ici, à Aghia Paraskevi, une ville à dix kilomètres au nord d’Athènes. (photo CFJ/C.F.)

Mardi 2 avril, 19h. Dans la petite salle de réunion du groupe d’Aghia Paraskevi, Apostolis Alexopoulos trafique un vidéoprojecteur en pestant. Ce barbu bedonnant est l’un des 71 députés du Syriza. Il s’est déplacé dans cette banlieue du nord-est d’Athènes pour débattre du projet de privatisation de l’eau porté par le gouvernement. La lumière s’éteint enfin, le film Même la pluie défile sur les murs orange du local, à côté d’une bannière où l’on peut lire « Hasta la victoria siempre ».

À la fin de la projection, ponctuée de pauses cigarettes sur le balcon, Manolis Benissis, jeune professeur de mathématiques ainsi que la vingtaine d’hommes et femmes de tous âges présents, assaillent l’élu de questions. Apostolis Alexopoulos répond patiemment, avec le sourire, à chacune d’entre elles et exhorte les militants, à renfort de grands gestes, à aller manifester contre le gouvernement d’Antonis Samaras. « C’est important car nous avons besoin du soutien de toutes les couches sociales. Syriza ne pourra gouverner que si le peuple est derrière lui », argue-t-il.

Apostolis Alexopoulos est l’un des 71 députés de Syriza à siéger à la Vouli, le parlement hellénique.

Apostolis Alexopoulos est l’un des 71 députés du Syriza à siéger à la Vouli, le parlement grec. (photo CFJ/C.F.)

Vers 23h30, les militants se dispersent en se donnant rendez-vous deux jours plus tard. « Nous nous réunissons plusieurs fois par semaine depuis septembre », explique Manolis. Le trentenaire est fier d’avoir participé à la création de cette section, qui rassemble aujourd’hui 90 personnes. Mais il s’avoue insatisfait de la mobilisation des Grecs en général. « Ils baissent les bras parce qu’ils ont vu que les manifestations, notamment celles de 2010,  n’avaient pas eu d’effet », regrette-t-il. Et, tout en grattant sa barbe, il donne comme exemple la manifestation « très décevante » du dimanche précédent. Un millier de personnes s’étaient réunis devant le Parlement, place Syngtama, à l’appel de Syriza, pour manifester leur soutien aux Chypriotes.

« Syriza n’a pas encore d’armature assez forte pour réellement parvenir à combiner mouvement social et approche institutionnaliste », constate le professeur Elias Nikolakopoulos.

Former des alliances

Pour conquérir le pouvoir, le Syriza doit également sceller des alliances, qui lui manquent encore cruellement. Aux élections de juin 2012, il a échoué à se rapprocher du KKE. Cela lui aurait pourtant permis, grâce à la prime de 50 sièges au parti arrivé en tête, d’être majoritaire à la Vouli, le parlement hellénique. « Nous voulons coopérer avec le parti communiste », assure le député Apostolis Alexopoulos. Mais le KKE traîne les pieds et refuse de revenir sur ses positions, prônant, notamment, la sortie de la Grèce de l’Union Européenne, que le Syriza n’envisage pas. « Je ne pense vraiment pas que le parti communiste s’alliera à Syriza », lâche Elias Nikolakopoulos dans un rire discret.

Le parti d’Alexis Tsipras a encore du chemin à parcourir pour sortir de son statut de force d’opposition et devenir un parti de gouvernement. Mais les militants veulent y croire. « Le Syriza est notre seul espoir de sortir de la crise », affirme Manolis. Les élections européennes et municipales de 2014 seront un test pour la coalition de la gauche radicale et une occasion d’ajuster sa stratégie avant les élections législatives de 2016. A moins que le gouvernement ne jette l’éponge avant.

Clémence FULLEDA

 

Elias Nikolakopoulos, professeur de sciences politiques à l'université d'Athènes.

Elias Nikolakopoulos, professeur de sciences politiques à l’université d’Athènes.            (photo CFJ/C.F.)

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Le professeur de sciences politiques George Contogeorgis, dans son bureau de l’université Panteion, à Athènes. (photo CFJ/C.F.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A lire également : « Grèce : une semaine avec Syriza à Athènes « , sur Regards.fr

Et (en anglais) : « Greece : trying to understand Syriza « , sur bbc.co

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Une vie de chien ! http://www.theparthenonpost.com/2013/04/11/athenes-une-vie-de-chien/ http://www.theparthenonpost.com/2013/04/11/athenes-une-vie-de-chien/#comments Thu, 11 Apr 2013 12:04:00 +0000 SDH http://www.theparthenonpost.com/?p=3531 Sur les marches des temples, allongés paresseusement dans les rues, trottinant parmi les passants… Les 30 000 chiens errants d’Athènes font partie du paysage urbain. Qui sont-ils ? D’où viennent t-il ? Comment expliquer ce phénomène ? Enquête.

Un chien errant, affalé sur les marches d'un temple grec dans le centre d'Athènes. (CFJ/ K.E.)

Un chien errant affalé sur les marches d’un temple grec, dans le centre d’Athènes. (photo CFJ/K.E.)

A la tombée de la nuit, un sac plastique à la main, le dos courbé, Dimitris arrive place Syntagma devant le parlement grec. Tous les soirs sans exception, depuis plus de dix ans, le sexagénaire a rendez-vous. Il vient nourrir « ses » quelque 75 chiens errants, dans le quartier de Plaka. « Doudou », « Pavlos »,  « Thino » ou encore « Kiss » l’attendent de patte ferme pour leur repas du soir. Au menu : plusieurs morceaux de poulets chacun, soigneusement effrités, propre à satisfaire les appétits d’ogres de ces gros canidés boiteux.

Dimitris vient nourrir les chiens féraux tous les soirs. (CFJ/ A.L.)

Dimitris vient nourrir les chiens féraux tous les soirs. (photo CFJ/A.L.)

Lors de sa ronde quotidienne, de la place Syntagma à la place Monastiraki en passant au pied de l’Acropole, Dimitris en profite pour examiner l‘état de ses protégés. De loin, il les reconnaît les appelle en sifflant et aussitôt les petites ombres accourent vers lui. Aidé par sa femme et sa fille, il a mis un collier à chacun d’entre eux, avec un numéro de téléphone, le nom du chien et ses vaccins à jour, pour qu’ils soient identifiables par la population, une méthode employée par de nombreuses associations. Sans autre motivation que l’amour des chiens, le petit monsieur à l’allure un peu désuète prend chaque mois sur son budget, pour assurer leur bien-être.

Un million de chiens errants dans toute la Grèce

Selon les estimations des associations de défense des animaux, on compte quelques 30 000 chiens errants dans l’agglomération athénienne, et près d’un million dans le pays. Contrairement à leurs ancêtres légendaires de la guerre de Troie – alors véritables meutes de bêtes sauvages – les chiens de la capitale hellénique sont pour la majorité d’entre eux, abandonnés par leurs maîtres. D’anciens chiens domestiques, peu habitués à se débrouiller par eux-mêmes.

C’est un véritable problème de santé publique. En 2003, un an avant l’organisation des Jeux Olympiques, une loi obligeant les municipalités grecques à appliquer une politique de vaccination et de stérilisation des chiens errants est votée. Ainsi, jusqu’à l’année dernière, un budget d’un million d’euro était alloué à la municipalité d’Athènes pour mettre en place cette politique. Cette année, sous la pression de l’Union Européenne poussant aux coupes budgétaires, cette somme a été réduite de près de 50%.

Dans le centre ville, la nuit les chiens élisent domicile dans les halls des magasins fermés. (CFJ/ A.L.)

Dans le centre ville, la nuit, les chiens élisent domicile dans les halls des magasins fermés. (photo CFJ/A.L.)

Selon Irène Molfessi, présidente de la Panhellenic Animal Welfare Federation (PAWF), la municipalité d’Athènes jouerait en réalité un double jeu. D’un côté, la mairie ferait effectivement des campagnes de vaccination et de stérilisation – dont elle vante les mérites sur son site internet -, d’un autre, elle ferait des campagnes d’euthanasie non officielles. « En pleine nuit, ils déposent dans les jardins publics, les rues, des mouchoirs imbibés de cyanure ; les chiens les reniflent, ils meurent sur le coup », affirme Irène Molfessi. Une allégation impossible à vérifier, la mairie – qui n’a pas répondu à nos sollicitations -, l’a toujours niée. « La philosophie du programme ne soutient en aucun cas l’euthanasie des chiens », peut-on lire sur le site de la municipalité. Déjà en 2004, des soupçons de campagnes d’euthanasie massives planaient au-dessus des pouvoirs publics, les chiens se faisant plus rares dans les rues de la ville à l’approche des Jeux olympiques.

Quant au seul refuge géré par la capitale, il recueille les chiens dans des conditions qui restent obscures. Les demandes de visites sont examinées à la loupe, et prennent un temps infini.

Quoiqu’il en soit, la prolifération d’associations de particuliers d’aides aux animaux errants traduit l’inefficacité des politiques publiques en la matière. Ainsi, la PAWF compte 17 associations déclarées. « On essaie, dans la mesure du possible, de les recenser, les vacciner, les stériliser et de les faire adopter », explique la présidente. Mais ils sont encore plus nombreux à agir, comme Dimitris, de manière isolée. Ainsi Natassa Skopelos a recueilli chez elle plus d’une centaine d’animaux. Elle organisait le dernier week-end de mars une vente de charité en faveur des chiens.

Vidéo de Sarra BEN CHERIFA :

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=p_OE0TQFQf0&feature=youtu.be]

Outre la mauvaise gestion de la ville d’Athènes, d’autres facteurs viennent expliquer la prolifération des chiens errants, comme les pratiques des vétérinaires grecs, peu enclins à castrer les animaux car c’est contre-productif pour eux. De leur côté, les propriétaires n’ont pas forcément l’argent pour recourir à ces opérations – une centaine d’euros en moyenne.  « Ces gens se retrouvent avec une portée de chiots sur les bras, qu’ils jetteront à la rue une fois sevrés », explique Irene Molfessi.

Les grecs et leurs chiens, toute une histoire

Surtout, le problème des chiens errants n’en serait pas vraiment un. Acceptés comme une part de l’identité du pays, les toutous traînant dans les rues des villes n’étonnent plus personne. « On ne s’en occupe pas trop, on sait qu’ils sont là, ils sont drôles mais on laisse les associations faire leur travail », explique un commerçant du centre de la ville. Ainsi, il n’est pas rare de voir un habitant s’arrêter dans la rue, le regard amusé pendant que les cabots se prélassent au soleil.

Les passants ne font même plus attention à ces chiens (photo CFJ/A.L)

Les passants ne font même plus attention à ces chiens. (photo CFJ/A.L)

Il faut dire que les chiens du centre ne sont pas dangereux. Nourris régulièrement, examinés, en permanence au contact des humains, ils n’ont rien de sauvage. Contrairement à ceux du port du Pirée où des zones industrielles, plus menaçants car plus délaissés. « Ceux qui survivent sont les plus gros, les plus résistants, les plus intelligents, les plus sociables », explique Irene Molfessi. 30% d’entre eux seraient des chiens de chasse.

Les chiens du centre-ville d’Athènes sont habitués à la présence des humains. (photo CFJ/A.L)

Un célèbre bar branché de Plaka (centre d’Athènes) a même pris le nom de « Six D.O.G.S. », en référence au phénomène. Là-bas, les chiens sont les bienvenus pour se prélasser au pied des clients et, au mur, des dessins rappellent la thématique du bar. « Le chien errant est le symbole même de la mentalité grecque », affirme le patron de l’enseigne.

Ni Dieu ni maître

Même les journaux s’approprient la figure du chien féral comme symbole. Le journal des rédacteurs , quatrième titre le plus lu en Grèce, publie toute les semaines une chronique satirique “racontée” par un chien errant qui livre ses états d’âmes sur la société.

Un phénomène qui a trouvé son écho dans les médias internationaux. Ainsi, on se souviens de Loukanikos, chien errant présent dans les manifestations contre l’austérité, devenu un symbole de la Grèce. Elu l’une des personnalité de l’année 2010 par le très sérieux Time, en 2010, il a disparu de la circulation aujourd’hui.

Aurélie CARABIN et Anna LECERF

Avis aux amateurs ! Pour aller plus loin :

Le livre de Jean Rolin, lauréat du Prix Albert Londres 1988

La chanson du groupe de rock grec Socrates 

Le trailer d’Adespota, documentaire sur les chiens errants d’Athènes d’Ilya Chorafas (sélectionné au festival du film de Thessalonique)

 

 

… Et certains ont la vie belle

Loin des bords hostiles du Pirée, dans la banlieue nord-est d’Athènes, les toutous les plus aisés se font dorloter dans les établissements spécialisés qui ont fleuri au cours des dix dernières années. Au début du printemps, les locataires du chenil de Pallini, le premier du genre, se la coulent douce. Le gros César, splendide dogue de Bordeaux, salive en voyant arriver Nathanaël : c’est l’heure de se dégourdir les pattes sur l’aire de jeux ! « Il parle le français, il est Belge », plaisante Nathanaël, son maître pour dix jours. « Le chien appartient à un couple d’expatriés. Le mari étant souvent absent, sa maîtresse le traite comme un gros bébé. Elle dort avec lui et lui donne des tartines de miel. C’est très mauvais pour sa santé », nous confie Nathanael en souriant. Peu après, voilà qu’un jeune boxer déboule dans ce petit coin de paradis, où les deux maisons de l’entreprise familiale côtoient les enclos animaliers, surplombés de collines. Magyar traîne sa maîtresse, qui a du mal à le faire tenir en place. «Je viens ici deux fois par semaine, pour le dresser », explique Zoé, une fonctionnaire travaillant pour le Parlement. Pour 40 euros l’heure de cours, à raison de dix-huit cours maximum, Magyar devrait bientôt marcher au pas !

Pour un séjour en pension complète, il faut compter 21 euros par jour pour un gros chien, 19 pour un petit, et 15 pour un chat. Les plus chanceux pourront même profiter de la piscine conçue rien que pour eux. A Pallini aussi, on est touché par la crise. «Les gens partent moins en vacances, alors nos résultats ont baissé de 30% ces dernières années », confie Mania Mintsidi. Pour autant, son affaire, héritée de son père, se porte plutôt bien. «Nous avons actuellement une quinzaine de chiens, et six chats. En été, on reçoit environ 80 chiens et 50 chats. » Une petite meute de privilégiés.

Aurélie CARABIN et Anna LECERF

 

 

 

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Un bébé pour 40 000 euros à trois heures de Paris http://www.theparthenonpost.com/2013/04/11/un-bebe-pour-40-000-euros-a-trois-heures-de-paris/ http://www.theparthenonpost.com/2013/04/11/un-bebe-pour-40-000-euros-a-trois-heures-de-paris/#comments Thu, 11 Apr 2013 11:51:30 +0000 Bourdin Martin http://www.theparthenonpost.com/?p=3788 Depuis 2002, la gestation pour autrui (GPA) est légale en Grèce. Théoriquement soumise à des conditions très strictes, elle est en réalité au cœur d’un business florissant.

pregnant woman

Le tourisme de la procréation se développe en Grèce. (photo Flickr)

Thessalonique, 500 km au nord d’Athènes. La deuxième ville de Grèce, ancienne cité ottomane, est aujourd’hui un port sans charme. Peu importe. Les visiteurs ne sont pas venus admirer les trois kilomètres de remparts qui la surplombent : la plupart des étrangers viennent à Thessalonique pour procréer. Fécondation in vitro, procréation médicalement assistée ou encore gestation pour autrui (GPA), les cliniques privées débordent d’offres pour satisfaire ces touristes de la fécondité venus du monde entier. La Grèce est l’un des rares pays à autoriser le recours aux mères porteuses.

Cette pratique, illégale en France, n’a jamais suscité de débat en Grèce. « L’aide à la procréation est un sujet très bien accepté par la société grecque car ce qui compte, c’est de donner la chance d’avoir un enfant, explique Katerina Fundedaki, professeur de droit civil à l’université de Thessalonique. On n’a rien dit contre les mères porteuses et on a aussi légitimé l’insémination post-mortem, ce qui est aussi encore plus extraordinaire ! Ça n’a créé aucune polémique, ni dans la société, ni devant le parlement. » Une mentalité qui a contribué au développement d’une véritable industrie du « tourisme de procréation. » Même si les mères porteuses n’interviennent que dans 1 à 2% des cas d’aide à la procréation, on compte plus d’une vingtaine de cliniques à Athènes et six à Thessalonique qui pratiquent la GPA. Pourtant, le processus est difficile, tant sur le plan médical que sur le plan juridique.

 Un business florissant

En Grèce, c’est à la justice de décider si une personne a le droit de recourir à une mère porteuse ou non. Les conditions imposées sont nombreuses. Parmi elles, l’interdiction de payer la mère porteuse. Seuls ses frais médicaux et ses congés maternité doivent lui être remboursés. « Bien sûr qu’elles font cela pour de l’argent ! Sauf si c’est dans la famille, remarque Théophanô Papazissi, professeur de droit civil à Thessalonique. Devant le tribunal, on déclare que tout ce processus sera sans contrepartie ». Mais en réalité, nous avoue-t-elle, les rétributions se font sous la table. Les sommes en jeu sont importantes : minimum 20 000 euros pour porter l’enfant d’une autre pendant neuf mois.

« Ce sont des femmes jeunes, entre 25 et 35 ans, et elles le font parce qu’elles sont pauvres. C’est un choix par besoin », note Georgia, membre de l’association Magna Mater qui aide les femmes à avoir un enfant, en leur fournissant notamment une liste de mères porteuses potentielles. Certaines pages internet proposent même des profils de mères porteuses qui ressemblent aux sites de rencontre en ligne. Sous la photo, on trouve tous les détails : âge, nationalité, tarifs, conditions physiques… « Ce qui est inquiétant, c’est qu’il y a une sorte de réseau, une personne est rémunérée pour jouer les intermédiaires entre les mères porteuses et le centre », explique Katerina Fundedaki.

 Des pratiques à la limite de la légalité

Mais d’où viennent ces candidates à la gestation pour autrui ? Si la société accepte le recours à la maternité de substitution, les Grecques ne conçoivent pas d’être elles-mêmes des mères porteuses. Ainsi, Roumaines, Albanaises et Bulgares sont recrutées pour porter le bébé d’une autre. Pourtant, selon la loi, la mère porteuse doit résider en Grèce. « Ce n’est pas difficile de contourner cela, juge le professeur Papazissi, en haussant les épaules. Depuis la fin de la dictature, ce n’est plus obligatoire de déclarer son lieu de résidence en Grèce. N’importe qui peut dire qu’il habite là, le tribunal ne peut pas vérifier, il n’y a pas de registre ». Un legs historique bien pratique que les avocats utilisent pour arranger des résidences fictives. Depuis l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union européenne en 2007, l’exercice est encore plus facile : plus besoin de carte de séjour, les mères porteuses peuvent entrer et sortir du pays sans se faire remarquer.

Les futurs parents doivent aussi justifier d’une résidence permanente en Grèce. Certaines cliniques proposent même des intermédiaires rémunérés qui se chargent de constituer des fausses preuves de présence prolongée en Grèce : location d’un appartement bon marché pour obtenir un bail, tickets de caisse prouvant des achats dans la ville, inscription dans une bibliothèque…

Il suffit donc de s’arranger avec la législation, voire parfois de la contourner. Car si les restrictions imposées par la loi sont strictes, les contrôles sont rares. L’autorité indépendante chargée de surveiller l’aide à la procréation a fermé en 2008, officiellement pour des raisons économiques. « A mon avis, cette absence de contrôle n’est pas seulement le résultat de la crise économique, juge le professeur Fundedaki. C’est voulu. La procréation artificielle est une activité très, très lucrative. Les centres médicaux, les médecins, beaucoup de personnes ont intérêt à ce qu’on ne contrôle pas trop ce univers. »

Dans un pays où pullulent cabinets de gynécologie et cliniques privées d’aide à la procréation, difficile de résister à la pression des concurrents malhonnêtes. Si un médecin refuse de pratiquer des actes illégaux, comme l’achat d’ovocytes ou la rémunération de mères porteuses, il suffit de frapper à la porte de la clinique voisine pour obtenir satisfaction. Riche, le lobby médical est aussi très bien représenté au sein du parlement grec. Ses exigences sont relayées au plus au niveau de l’Etat.

Côté français, le recours à la gestation pour autrui « n’est pas un sujet ».  « Je ne dis pas que ça ne le sera pas un jour, mais pour l’instant, on n’en a pas eu connaissance, précise Christophe Le Rigoleur, consul général de Thessalonique. Ce n’est pas parce qu’on ne le sait pas que ça n’existe pas ». Pour lui, impossible de détecter un enfant né d’une mère porteuse : ses parents sortent de la maternité avec le même certificat que si la mère légale avait accouché elle-même. Pas vu, pas pris. La France n’est pas prête de légaliser les mères porteuses. En attendant, rien de plus simple que de prendre l’avion et de faire un bébé, à trois heures de Paris, pour 40 000 euros.

GPA : porter le bébé d’une autre

La gestation pour autrui (GPA) a été pratiquée pour la première fois en 1978 en Grande-Bretagne. La mère porteuse reçoit un embryon fécondé par insémination artificielle et accouche de l’enfant, mais elle n’est ni la mère légale, ni la mère biologique du bébé. Cette pratique est autorisé dans huit pays européens : la Belgique, les Pays-Bas, l’Irlande, la Roumanie, la Slovaquie, le Royaume-Uni, la Pologne et la Grèce. En Grèce, la GPA est ouverte aux femmes seules et aux couples hétérosexuels uniquement. Cette pratique est en revanche interdite en France, mais la circulaire Taubira facilite, depuis fin janvier, l’obtention de la nationalité française pour les enfants nés de GPA.

Céline MARTEL et Clothilde MRAFFKO, à Thessalonique

 

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Mosquée clandestine http://www.theparthenonpost.com/2013/04/11/mosquee-clandestine/ http://www.theparthenonpost.com/2013/04/11/mosquee-clandestine/#comments Thu, 11 Apr 2013 11:19:02 +0000 Khiri Yassine http://www.theparthenonpost.com/?p=4306 Athènes est la seule capitale européenne à ne pas disposer de lieu de culte officiel pour les musulmans. Entrepôts réaménagés, gymnases, caves ou arrière boutiques : les musulmans sont contraints de vivre leur foi dans la clandestinité.

Dans un climat de xénophobie et d’islamophobie croissant, les différentes communautés de confession islamique s’organisent tant bien que mal pour que leurs fidèles disposent de lieux de prière. Des solutions précaires qui stigmatisent encore davantage ces Grecs, dont la plupart sont d’origine étrangère. Visite, en quelques clichés commentés, de l’une de ces mosquée illégale.

Rue Levandi, dans le quartier de Peristérie, banlieue ouest d'Athènes. Entre les bâtiments en friche et les anciens garages, rien ne semble indiquer un lieu de culte.  A.B/CFJ C'est pourtant là, dans un ancien entrepôt réaménagé, que se retrouvent des centaines de fidèles de la communauté pakistanaise de la capitale.  A.B/CFJ En bas des marches, derrière un rideau opaque, des tapis de prière disposés sur le sol accueillent à l'appel de l'Imam Al Sadiqi, les musulmans sunnites qui se retrouvent pour la grande prière du vendredi. A.B/CFJ En l'absence de lieu de culte officiel, la communauté pakistanaise- à l'instar des communautés islamique résidant à Athènes- s'organise tant bien que mal pour vivre sa foi. La capitale grecque est la seule en Europe à ne pas disposer de mosquée. A.B/CFJ Une situation qui contraint les musulmans à plonger dans l'illégalité. Prier à l'abri des regards. Entre soi. Y.K/CFJ Une nécessité dans un climat d'islamo-xénophobie en pleine recrudescense. En témoigne la multiplication d'agressions contre les immigrés d'Athènes. Shezad Luqman, jeune pakistanais, poignardé le 17 janvier 2013 par des activistes d'extrême droite A.B/CFJ L'appel à la prière du muezzin résonne aux quatre coins de la pièce. Chachia blanche ou verte sur la tête, les fidèles - exclusivement des hommes- psalmodient avec ferveur. A.B/CFJ Elle devrait accueillir les 300 000 musulmans (toutes communautés confondues) de la capitale grecque. A.B/CFJ En attendant la pose de la première pierre, les fidèles continuent à pratiquer leur foi dans la clandestinité. Dans l'espoir de jouir un jour des même droits que la minorité turque de Thrace, qui bénéficie d'une reconnaissance de leur culte depuis le Traité de Lausanne de 1923. A.B/CFJ

Alicia BOURABAÂ et Yassine KHIRI

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Radio Bubble, l’indépendance est sur les ondes (vidéo) http://www.theparthenonpost.com/2013/04/11/radio-bubble-lindependance-est-sur-les-ondes-video/ http://www.theparthenonpost.com/2013/04/11/radio-bubble-lindependance-est-sur-les-ondes-video/#comments Thu, 11 Apr 2013 10:41:40 +0000 Clemence Fulleda http://www.theparthenonpost.com/?p=4253 La liberté de la presse est plus en danger en Grèce que presque partout en Europe, selon « Reporter sans frontières », mais certains se battent pour délivrer une information indépendante, fiable et complète. Radio Bubble est de ceux-là.

Animée par des bénévoles et  diffusée sur le Web tous les après-midi (sauf le dimanche), Radio Bubble est devenue une référence dans tout le pays. Elle propose des « nouvelles dont vous n’avez pas eu de nouvelles », glanées au fil des tweets «@RBnews» de ses auditeurs. Cette radio va donc à contre courant de la tendance mise à jour par Reporter sans frontières, qui classe en 2013 la Grèce à la 84e place mondiale en matière de liberté de la presse.

Nous avons rencontré Dora et Anthonis, deux chroniqueurs, dans un café d’Athènes où se situent les studios de la radio. Regardez cette vidéo (1’30min) pour plonger avec eux dans les coulisses de Radio Bubble.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=ToKD7BtOMbQ&feature=youtu.be]

Clémence FULLEDA, Gerd KIEFFER et Nicolas PELLETIER

Merci à Morgan CANDA et Guillaume HENAULT-MOREL pour leur aide technique et logistique

]]> http://www.theparthenonpost.com/2013/04/11/radio-bubble-lindependance-est-sur-les-ondes-video/feed/ 0 Athènes, piquée par le sida http://www.theparthenonpost.com/2013/04/10/athenes-piquee-par-le-sida/ http://www.theparthenonpost.com/2013/04/10/athenes-piquee-par-le-sida/#comments Wed, 10 Apr 2013 16:45:58 +0000 Anastasio Sofia http://www.theparthenonpost.com/?p=4067 En deux ans, le nombre de personnes atteintes du SIDA a explosé en Grèce, surtout parmi la communauté héroïnomane d’Athènes. Cela révèle la fragilité des politiques de santé publique d’un Etat en pleine cure d’austérité.

Image 2

Des seringues jonchent les rues (photo Flickr/ Francis)

« Je me souviens, c’était en décembre 2010. En quelques semaines, nous avons dépisté quatre contaminations, alors qu’il n’y en avait que deux par an. C’est à ce moment-là que nous nous sommes dit que nous étions confrontés à une épidémie de sida dans le centre d’Athènes et qu’il fallait contacter les autorités. » C’est Eleni Kakalou qui le raconte. Médecin épidémiologiste à l’hôpital Evangelismos, dans le centre d’Athènes, elle a été une des premières personnes confrontées à la hausse du Sida dans la capitale grecque.

En 2010, les cas d’infections par VIH ont augmenté de 55% en Grèce. Derrière le chiffre spectaculaire se cache en fait l’explosion des contaminations dans un groupe bien particulier : les héroïnomanes. +1500% en un an. De quoi faire bondir le nombre de contaminations, dans un pays où le taux de prévalence du sida était historiquement bas. « L’’explosion des contaminations parmi les consommateurs d’héroïne a fait augmenter la proportion de personnes atteintes à l’échelle nationale », explique Marietta Mavropopoulo, de Médecins sans frontières. En Grèce, le groupe de consommateurs d’héroïne représente 8000 personnes environ dont 2800 à Athènes. Et pour la première fois, le nombre de nouveaux cas de sida chez les héroïnomanes a dépassé celui des homosexuels en 2012 (rapport du Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies).

Consultation médicale dans un centre de dépistage (PRAKSIS)

Consultation médicale dans un centre de dépistage (PRAKSIS)

C’est la crise qui a agi comme un détonateur. En 2010, beaucoup de grecs ont perdu leur emploi, vu leur salaire baisser ou leur couverture maladie expirer, « les centaines de personnes qui se sont retrouvées à la rue du jour au lendemain se sont plus exposées à la drogue ou à la prostitution bon marché », explique Marietta Mavropopoulo. Pour les immigrés qui arrivent au même moment d’Afrique, du Pakistan ou d’Afghanistan, la situation devient désespérante. Ils se retrouvent en concurrence avec les Grecs pour les petits boulots et les places en centre d’accueil. Démunis, certains augmentent leur consommation de drogue pour faire face à la violence de la rue, d’autres choisissent de vivre dans  des squats. L’exposition au virus devient plus importante. En quelques mois, les médecins voient le nombre de séropositifs exploser dans le centre d’Athènes.

« Toutes les conditions de l’apparition d’une épidémie étaient réunies »

« Rétrospectivement, on se rend compte que toutes les conditions de l’apparition d’une épidémie étaient déjà réunies », affirme Eleni Kakalou. Avant 2010, la Grèce était déjà très en retard sur les programmes de prévention et de lutte contre le sida. « L’attente pour avoir une place dans un centre de désintoxication était interminable et la distribution de seringues propres, largement insuffisante », déplore-t-elle. Selon les standards internationaux, il aurait fallu en distribuer entre 100 et 200 à chaque drogué par an quand le gouvernement n’en distribuait que 10. « Même depuis que le gouvernement a pris en charge l’épidémie, on atteint difficilement les 50 seringues propres », se lamente Eleni Kakalou.

Attente dans un centre relai de dépistage (PRAKSIS)

Attente dans un centre relai de dépistage (PRAKSIS)

L’important flux migratoire auquel est confronté la Grèce a également eu un rôle dans la propagation du VIH : « Il faut savoir que la Grèce est la porte principale d’entrée de l’immigration en Europe », précise Médecins sans frontières. En arrivant en Grèce, les migrants d’Afghanistan ou d’Iran, habitués à fumer des opioïdes, sont passés à l’injection. « Et ils se sont notamment mis à consommer du Sisa, ersatz d’héroïne, qui, en plus de favoriser les risques de contaminations par injection provoque l’excitation sexuelle, et multiplie les risques de relations non protégées », explique Eleni Kakalou.

« La réponse du gouvernement n’a pas été à la hauteur »

Si le gouvernement a mal anticipé la forte hausse du Sida, il a également rencontré des difficultés pour répondre à l’apparition de l’épidémie en 2010. « La réponse du gouvernement n’a pas été à la hauteur », tranche Eleni Kakalou. Premier problème majeur, la réponse publique est intervenue trop tard : « Le gouvernement savait qu’il y avait un problème, il en avait été informé par les professionnels de santé », soupire Marietta Mavropopoulo.

Le contexte de crise n’a pas aidé. Avec les plans de rigueurs successifs, le budget alloué à la santé a baissé de 32% depuis 2010. Les fonds des hôpitaux ont également baissé de 30 à 40% : « Une coupe aveugle des budgets sans penser aux conséquences sanitaires », regrette l’épidémiologiste qui considère que les erreurs de l’Etat ne sont pas toutes dues à la crise.

Distribution de traitements de substitutions (PRAKSIS)

Distribution de traitements de substitutions (PRAKSIS)

En 2010, le gouvernement a suspendu son programme de distribution de seringues pendant six mois et a limité celui de préservatifs gratuits : « Maintenant, nous avons même des patientes immigrées enceintes qui sont séropositives. » Les personnes contaminées par le VIH doivent attendre un à deux mois pour recevoir un programme de substitution. Pendant ce temps, elles continuent à se droguer dans la rue, en propageant le virus : « ET beaucoup de drogués, sans domiciles, se prostituent la nuit tombée pour financer leur dose. » Un cercle vicieux.

Face au problème, le gouvernement a privilégié une voie répressive. Le thème de l’immigré qui viendrait « répandre » des maladies en Grèce est devenu un sujet de campagne pour plusieurs partis politique. Pour lutter contre le fléau, la police a multiplié les interventions dans les maisons closes ou les squats où vivent les migrants. « Une catastrophe en terme de politique de santé publique car ça contribue à la destruction du lien de confiance entre médecins et drogués », regrette Médecins sans frontières.  Les héroïnomanes se cachent et se rendent moins dans les antennes des services de santé où ils avaient accès à des moyens de prévention, de peur de se faire arrêter.

Manifestation de l'association d'aide aux drogués Okana, place Syntagma (CFJ/RC)

Manifestation de l’association d’aide aux drogués Okana, place Syntagma (CFJ/RC)

Les associations d’assistance aux drogués ne peuvent pallier les insuffisances de l’Etat car leurs subventions ont été elles aussi coupées de 30 à 50%. Mardi 2 avril, Okana, l’une de ces associations  a manifesté dans la capitale grecque pour protester contre ces suppressions. « Je ne comprends pas ces coupes alors que nous sommes le seul pays occidental à connaître une hausse du Sida », explique Olga, 24 ans, avant d’ajouter: « Mais peut-être qu’il s’agit juste d’un manque de courage politique. »

Sofia ANASTASIO et Rémi CLEMENT

 

Quand la police envoie les drogués dans des camps de rétentions pour immigrés

La nouvelle a fait bondir les associations de défense des droits de l’homme. Au début du mois de mars, la police grecque a transféré 132 héroïnomanes du centre d’Athènes vers un camp de rétention pour immigrés au nord-ouest de la ville. Le centre de détention en question, situé à Amygdaleza est connu pour ses conditions difficiles. Selon Médecins sans frontières, les détenus ne « disposent ni de savon ni de dentifrice. »

Les drogués sont arrêtés en vertu d’une nouvelle loi, votée l’année dernière, qui autorise les autorités à interpeller tout immigré suspecté de vouloir porter atteinte à la santé publique. Déjà, en avril 2012, 31 prostituées avaient été arrêtées par la police grecque pour une infraction supposée à la même loi. Elles avaient alors subi des tests HIV contraints, et 29 d’entre elles avaient vu leur photo publiée dans les médias pour inciter leurs clients à aller se faire dépister.

Syriza, le deuxième parti politique du pays a dénoncé une opération « fasciste » et affirmé que « les droits de l’homme n’étaient pas un luxe mais un fondement indiscutable de la société grecque, qui ne pouvait être sujet aux exceptions. » L’autre parti de gauche, le DIMAR, membre de la coalition gouvernementale, a comparé la détention des héroïnomanes a des « pogroms organisés par la police grecque contre les drogués du centre d’Athènes. »

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La cuisine sociale de Konstantinos http://www.theparthenonpost.com/2013/04/10/la-cuisine-sociale-de-konstandinos-3/ http://www.theparthenonpost.com/2013/04/10/la-cuisine-sociale-de-konstandinos-3/#comments Wed, 10 Apr 2013 15:54:42 +0000 Fanny Napolier http://www.theparthenonpost.com/?p=992 Depuis plus d’un an, Konstantinos Polychronopoulos sillonne Athènes avec sa gazinière ambulante, pour distribuer des repas gratuits. Chaque jour dans un quartier différent, le dimanche place Syntagma, il est un peu le « Resto du coeur » grec.

 

Konstandinos est sans emploi depuis quatre ans. ( photo CFJ/F.NA)

Konstandinos est sans emploi depuis quatre ans. ( photo CFJ/F.NA)

Une banderole s’étire entre deux arbres, sur la place Syntagma, au pied du Parlement : « Nourriture gratuite pour tous. » Comme chaque dimanche après-midi, c’est à deux pas de l’entrée du métro que Konstantinos Polychronopoulos installe sa cuisinière sur roulettes, reliée à une bombonne de gaz. Derrière lui, Mickey, une professeure d’anglais au sourire chaleureux, apporte des sacs de provisions, aidée par une dizaine de ses élèves venus en renfort. La cuisine peut commencer.

« Un jour, j’ai vu des enfants se battre pour récupérer des légumes dans une poubelle après la fin du marché. Ce n’était pas des sans-abri, juste des gamins qui n’avaient pas de quoi manger à la maison », raconte Konstantinos, tout en remuant les pâtes qui commencent à cuire dans une grande marmite en inox. Choqué, il décide alors de collecter de la nourriture et de se mettre à cuisiner pour ceux qui ont faim. Quand il a commencé, il y a quinze mois,  il préparait une quinzaine de repas. Désormais, c’est une centaine de personnes qui, chaque jour, passe prendre un repas chaud dans la cuisine à ciel ouvert de Konstantinos. « Nous ne faisons pas de charité mais de la solidarité, nuance le chef-cuistot. La différence, c’est que nous ne donnons pas ce qui ne nous sert plus, mais nous partageons ce que nous avons avec ceux qui veulent. Comme avec des amis qui passeraient manger à la maison. »

Chaque jour, Konstandinos cuisine dans sur une place publique d'Athènes. (Photo: CFJ/ F.N)

Chaque jour, Konstandinos cuisine dans sur une place publique d’Athènes.
(Photo: CFJ/ F.N)

Au menu aujourd’hui, spaghettis à la napolitaine qui mijotent sur le feu, ou légumes à la fêta préparés par Mickey. Toute la nourriture distribuée est donnée par des gens de passage ou des soutiens qui connaissent déjà le travail de Konstantinos. « Nous ne recevons aucune aide de la Mairie ni de l’Etat et je n’en veux pas, tient-il à préciser. C’est à cause d’eux que nous sommes obligés de faire ça. Ça n’aurait pas de sens d’accepter leur aide ! »

Une dame, les cheveux ébouriffés et le teint rougeaud, s’approche du banc où sont alignées des barquettes de légumes. Elle semble hésitante mais son visage affiche un large sourire dès que l’un des ados s’avance vers elle avec une portion de légumes et un morceau de pain. « Quand tu viens là, tu te rends compte à quel point la frontière est ténue entre être en situation de donner et être dans le besoin », lâche Mickey après un instant de silence.

« Il faut aller vers eux »

Enfin, les pâtes sont prêtes. Un fumet d’origan s’échappe de la marmite quand Konstantinos soulève le couvercle. Il distribue des rations aux élèves de Mickey, qui partent aussitôt à la recherche de sans-abri à qui offrir un repas. « Ils ne peuvent pas laisser leurs affaires, alors il faut aller vers eux », explique Stathis, 15 ans, qui participe pour la première fois. « J’en ai trouvé deux, ils m’ont vraiment remercié », ajoute-t-il dans un sourire de satisfaction.

Chaque dimanche, Konstantinos s'installe sur la place devant le Parlement. Tout le monde est invité s'arrêter pour partager une assiette. "Les passants sont parfois surpris mais ils réagissent toujours bien", assure Konstantinos. En ce dimanche après-midi, la place Syntagma est animée. Une affiche invite les passants à donner de la nourriture. C'est l'unique source d'approvisionnement de Konstantinos. Aujourd'hui un groupe d'adolescents est venu prêter main forte pour nourrir les sans-abris du quartier. Mickey, une amie, a aussi préparé une gamelle de légume à la fêta. Certains jeunes rencontrent Konstantinos pour la première fois, mais ils assurent déjà qu'ils reviendront. Une portion de pâtes à la napolitaine pour qui voudra.

Il y a quelques heures, le semi-marathon d’Athènes s’est achevé sur la place Syntagma. Les camions enlèvent des barrières métalliques, des coureurs prennent du repos sur la pelouse, des balayeurs nettoient la place des dernières bouteilles d’eau qui traînent par terre. « À cause de tout ça, certains qui viennent manger d’habitude n’osent pas s’approcher. Aujourd’hui, il y a moins de monde », constate Konstantinos en regardant la quantité de pâtes qui reste dans le fond de sa marmite.

Un couple de touristes, appareil photo en bandoulière et guide de la ville en main, passe devant la marmite d’un air interloqué. Aussitôt, Konstantinos les invite à prendre part au repas, mais le couple s’éloigne. « Nous cuisinons pour tout le monde, assure-t-il. Autant pour celui qui a oublié son portefeuille à la maison que pour celui qui est au chômage et n’a pas assez pour nourrir sa famille. Malheureusement, ce sont les plus nombreux. » 

Licencié d’une multinationale, il serait aujourd’hui à la rue s’il n’avait pas pu retourner chez sa mère

Casquette défraîchie vissée sur la tête et un large sweat-shirt sur le dos, Konstantinos a tendance à baisser les yeux pour parler de lui. Il ne préfère pas s’étendre sur le fait qu’à 46 ans, licencié de la multinationale où il travaillait, il serait aujourd’hui à la rue s’il n’avait pas pu retourner chez sa mère. En revanche, ses yeux brillent à nouveau, le sourire revient derrière sa barbe et ses mains s’agitent dès qu’il faut parler de son action, des gens qui l’aident et des moments partagés avec ses visiteurs. « Ça n’a pas été facile au début, confie son amie Mickey. Un jour, il s’est même fait embarquer par la police qui ne comprenait pas ce qu’il faisait là. »

La vie de Konstantinos a changé depuis qu’il offre à manger aux passants. À la question de savoir comment il se sent depuis qu’il a ouvert sa cuisine sociale, la réponse fuse : « Humain. »

Texte et photos : Fanny NAPOLIER

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