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La coalition de gauche Syriza à la conquête du pouvoir

Minoritaire il y a trois ans, Syriza est devenue la deuxième force politique grecque. Alors que le gouvernement peine à sortir le pays de la crise, le jeune leader Alexis Tsipras (photo) et ses troupes sont convaincus que le pouvoir pourrait bientôt tomber entre leurs mains. 

A moins de 40 ans, Alexis Tsipras, leader du Syriza,se retrouve sur le devant de la scène politique grecque.

A moins de 40 ans, Alexis Tsipras, leader du Syriza, se retrouve sur le devant de la scène politique grecque.       (photo Wikipédia/DR)

Syriza a le vent en poupe. En un temps record, la « coalition de la gauche radicale » a été propulsée au premier plan du paysage politique grec. Elle a raflé plus de 26 % des voix aux élections législatives de juin 2012, alors qu’elle dépassait péniblement les 3% en 2004, l’année de sa création. Le Syriza s’impose aujourd’hui comme le principal parti d’opposition au gouvernement, formé par les conservateurs de Nouvelle démocratie, les socialistes du Pasok et les membres de la Gauche démocratique. Son jeune leader, Alexis Tsipras, vise ouvertement le poste de premier ministre. 

Etre crédible aux yeux du monde

Du haut de ses 38 ans, Alexis Tsipras a réussi à s’imposer comme la figure quasi incontestée de la coalition, forçant le respect des militants, comme Manolis Benissis, 35 ans, qui avoue « être fan ». Un travail de longue haleine pour cet ancien ingénieur civil. Bien que remarqué en 2006 aux municipales d’Athènes où il avait obtenu un score à deux chiffres, il était peu connu avant de prendre la tête de Synaspismos, le principal parti de Syriza, en 2008.

Le leader charismatique soigne à présent son image à l’étranger pour apparaître comme un interlocuteur crédible. Il multiplie les voyages : en Allemagne, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, et récemment en Angleterre. Analyse de George Contogeorgis, professeur à l’université Panteion d’Athènes : « Syriza a adopté deux langages. Un intransigeant envers le gouvernement, qui s’adresse aux Grecs, et celui utilisé face par exemple aux Etats-Unis, plus centré sur la possibilité d’entamer des négociations. »

Dans les locaux de Synaspismos, principal parti de la coalition de la gauche radicale (Syriza), dans le centre-ville d’Athènes, les militants préparent le congrès national de juillet. Il devrait permettre à Syriza d’adopter une constitution et de devenir un véritable parti.

A Athènes, dans les locaux du Synaspismos, principal parti de la coalition de la gauche radicale, les militants préparent le congrès national de Syriza, prévu en juillet. (photo CFJ/C.F.)

Créer un véritable parti 

Derrière Alexis Tsipras, c’est le branle-bas de combat pour être à la hauteur de cette nouvelle popularité. Premier objectif : unifier les troupes. Le Syriza est en effet un rassemblement d’une quinzaine d’organisations qui ont encore chacune leurs bureaux respectifs.

Celui du Synaspismos occupe les sept étages d’un immeuble de la place Eleftherias (littéralement « place de la liberté »), dans le centre d’Athènes. À l’entrée, un vieil homme accueille les visiteurs, pipe au bec. Deux paliers plus haut, Panagiotis Athanassiadis, membre du service de presse du parti, parcourt derrière ses petites lunettes rondes la résolution politique du Syriza. Adoptée lors d’une première conférence nationale, en décembre dernier, « elle est l’ébauche d’un programme commun », explique-t-il. Au menu : annuler le mémorandum signé avec la troïka (BCE, UE, FMI) , en finir avec les politiques d’austérité, renégocier la dette de la Grèce, nationaliser les banques ou suspendre les privatisations en cours.

« Nous sommes clairement anti-capitalistes. Nous voulons une économie fondée sur les besoins et non sur les profits, mais les différents mouvements du Syriza doivent encore se mettre d’accord sur certains détails », explique Panagiotis Athanassiadis. Alors ce militant, café frappé à main, prépare avec ses collègues et les nombreux bénévoles du Synaspismos le prochain congrès du Syriza, prévu en juillet. Il devrait entériner la création d’un véritable parti. « Ce congrès sera indéniablement un premier pas vers une unification », analyse Elias Nikolakopoulos. « Mais il n’est pas sûr qu’il soit décisif », souligne aussitôt le professeur de sociologie politique, à l’Université d’Athènes.

Mobiliser les forces vives

Difficile en effet de se mettre d’accord sur une organisation interne et sur un programme unique et crédible, entre la quinzaine de groupes qui composent la coalition. « D’autant plus que la plupart des divisions actuelles sont dans le Synaspismos lui-même. Ce parti est traversé par des courants divers depuis sa création dans les années 90 », explique Elias Nikolakopoulos. Le Synaspismos est né d’une scission au sein du KKE, le parti communiste grec, et a intégré au fil des ans aussi bien des eurocommunistes, que des sociaux-démocrates ou des écologistes.

 

Manolis Benissis, 35 ans, milite depuis septembre dernier pour Syriza. (photo C. F / CFJ)

Manolis Benissis, 35 ans, milite depuis septembre dernier pour le Syriza. (photo CFJ/C.F.)

 

Afin de renforcer sa force de frappe, le Syriza a fait le pari de mobiliser les citoyens et de recruter des nouveaux membres pour grossir les rangs des 30 000 actuels. Avec un succès relatif .

Des antennes de Syriza naissent et s’organisent un peu partout dans le pays, comme ici, à ghia Paraskevim, une ville à dix kilomètres au nord d’Athènes.

Des antennes de Syriza naissent et s’organisent un peu partout dans le pays, comme ici, à Aghia Paraskevi, une ville à dix kilomètres au nord d’Athènes. (photo CFJ/C.F.)

Mardi 2 avril, 19h. Dans la petite salle de réunion du groupe d’Aghia Paraskevi, Apostolis Alexopoulos trafique un vidéoprojecteur en pestant. Ce barbu bedonnant est l’un des 71 députés du Syriza. Il s’est déplacé dans cette banlieue du nord-est d’Athènes pour débattre du projet de privatisation de l’eau porté par le gouvernement. La lumière s’éteint enfin, le film Même la pluie défile sur les murs orange du local, à côté d’une bannière où l’on peut lire « Hasta la victoria siempre ».

À la fin de la projection, ponctuée de pauses cigarettes sur le balcon, Manolis Benissis, jeune professeur de mathématiques ainsi que la vingtaine d’hommes et femmes de tous âges présents, assaillent l’élu de questions. Apostolis Alexopoulos répond patiemment, avec le sourire, à chacune d’entre elles et exhorte les militants, à renfort de grands gestes, à aller manifester contre le gouvernement d’Antonis Samaras. « C’est important car nous avons besoin du soutien de toutes les couches sociales. Syriza ne pourra gouverner que si le peuple est derrière lui », argue-t-il.

Apostolis Alexopoulos est l’un des 71 députés de Syriza à siéger à la Vouli, le parlement hellénique.

Apostolis Alexopoulos est l’un des 71 députés du Syriza à siéger à la Vouli, le parlement grec. (photo CFJ/C.F.)

Vers 23h30, les militants se dispersent en se donnant rendez-vous deux jours plus tard. « Nous nous réunissons plusieurs fois par semaine depuis septembre », explique Manolis. Le trentenaire est fier d’avoir participé à la création de cette section, qui rassemble aujourd’hui 90 personnes. Mais il s’avoue insatisfait de la mobilisation des Grecs en général. « Ils baissent les bras parce qu’ils ont vu que les manifestations, notamment celles de 2010,  n’avaient pas eu d’effet », regrette-t-il. Et, tout en grattant sa barbe, il donne comme exemple la manifestation « très décevante » du dimanche précédent. Un millier de personnes s’étaient réunis devant le Parlement, place Syngtama, à l’appel de Syriza, pour manifester leur soutien aux Chypriotes.

« Syriza n’a pas encore d’armature assez forte pour réellement parvenir à combiner mouvement social et approche institutionnaliste », constate le professeur Elias Nikolakopoulos.

Former des alliances

Pour conquérir le pouvoir, le Syriza doit également sceller des alliances, qui lui manquent encore cruellement. Aux élections de juin 2012, il a échoué à se rapprocher du KKE. Cela lui aurait pourtant permis, grâce à la prime de 50 sièges au parti arrivé en tête, d’être majoritaire à la Vouli, le parlement hellénique. « Nous voulons coopérer avec le parti communiste », assure le député Apostolis Alexopoulos. Mais le KKE traîne les pieds et refuse de revenir sur ses positions, prônant, notamment, la sortie de la Grèce de l’Union Européenne, que le Syriza n’envisage pas. « Je ne pense vraiment pas que le parti communiste s’alliera à Syriza », lâche Elias Nikolakopoulos dans un rire discret.

Le parti d’Alexis Tsipras a encore du chemin à parcourir pour sortir de son statut de force d’opposition et devenir un parti de gouvernement. Mais les militants veulent y croire. « Le Syriza est notre seul espoir de sortir de la crise », affirme Manolis. Les élections européennes et municipales de 2014 seront un test pour la coalition de la gauche radicale et une occasion d’ajuster sa stratégie avant les élections législatives de 2016. A moins que le gouvernement ne jette l’éponge avant.

Clémence FULLEDA

 

Elias Nikolakopoulos, professeur de sciences politiques à l'université d'Athènes.

Elias Nikolakopoulos, professeur de sciences politiques à l’université d’Athènes.            (photo CFJ/C.F.)

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Le professeur de sciences politiques George Contogeorgis, dans son bureau de l’université Panteion, à Athènes. (photo CFJ/C.F.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A lire également : « Grèce : une semaine avec Syriza à Athènes « , sur Regards.fr

Et (en anglais) : « Greece : trying to understand Syriza « , sur bbc.co

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