A Շable / Cré-acΓion / SOCIΞTé

La cuisine sociale de Konstantinos

Depuis plus d’un an, Konstantinos Polychronopoulos sillonne Athènes avec sa gazinière ambulante, pour distribuer des repas gratuits. Chaque jour dans un quartier différent, le dimanche place Syntagma, il est un peu le « Resto du coeur » grec.

 

Konstandinos est sans emploi depuis quatre ans. ( photo CFJ/F.NA)

Konstandinos est sans emploi depuis quatre ans. ( photo CFJ/F.NA)

Une banderole s’étire entre deux arbres, sur la place Syntagma, au pied du Parlement : « Nourriture gratuite pour tous. » Comme chaque dimanche après-midi, c’est à deux pas de l’entrée du métro que Konstantinos Polychronopoulos installe sa cuisinière sur roulettes, reliée à une bombonne de gaz. Derrière lui, Mickey, une professeure d’anglais au sourire chaleureux, apporte des sacs de provisions, aidée par une dizaine de ses élèves venus en renfort. La cuisine peut commencer.

« Un jour, j’ai vu des enfants se battre pour récupérer des légumes dans une poubelle après la fin du marché. Ce n’était pas des sans-abri, juste des gamins qui n’avaient pas de quoi manger à la maison », raconte Konstantinos, tout en remuant les pâtes qui commencent à cuire dans une grande marmite en inox. Choqué, il décide alors de collecter de la nourriture et de se mettre à cuisiner pour ceux qui ont faim. Quand il a commencé, il y a quinze mois,  il préparait une quinzaine de repas. Désormais, c’est une centaine de personnes qui, chaque jour, passe prendre un repas chaud dans la cuisine à ciel ouvert de Konstantinos. « Nous ne faisons pas de charité mais de la solidarité, nuance le chef-cuistot. La différence, c’est que nous ne donnons pas ce qui ne nous sert plus, mais nous partageons ce que nous avons avec ceux qui veulent. Comme avec des amis qui passeraient manger à la maison. »

Chaque jour, Konstandinos cuisine dans sur une place publique d'Athènes. (Photo: CFJ/ F.N)

Chaque jour, Konstandinos cuisine dans sur une place publique d’Athènes.
(Photo: CFJ/ F.N)

Au menu aujourd’hui, spaghettis à la napolitaine qui mijotent sur le feu, ou légumes à la fêta préparés par Mickey. Toute la nourriture distribuée est donnée par des gens de passage ou des soutiens qui connaissent déjà le travail de Konstantinos. « Nous ne recevons aucune aide de la Mairie ni de l’Etat et je n’en veux pas, tient-il à préciser. C’est à cause d’eux que nous sommes obligés de faire ça. Ça n’aurait pas de sens d’accepter leur aide ! »

Une dame, les cheveux ébouriffés et le teint rougeaud, s’approche du banc où sont alignées des barquettes de légumes. Elle semble hésitante mais son visage affiche un large sourire dès que l’un des ados s’avance vers elle avec une portion de légumes et un morceau de pain. « Quand tu viens là, tu te rends compte à quel point la frontière est ténue entre être en situation de donner et être dans le besoin », lâche Mickey après un instant de silence.

« Il faut aller vers eux »

Enfin, les pâtes sont prêtes. Un fumet d’origan s’échappe de la marmite quand Konstantinos soulève le couvercle. Il distribue des rations aux élèves de Mickey, qui partent aussitôt à la recherche de sans-abri à qui offrir un repas. « Ils ne peuvent pas laisser leurs affaires, alors il faut aller vers eux », explique Stathis, 15 ans, qui participe pour la première fois. « J’en ai trouvé deux, ils m’ont vraiment remercié », ajoute-t-il dans un sourire de satisfaction.

Il y a quelques heures, le semi-marathon d’Athènes s’est achevé sur la place Syntagma. Les camions enlèvent des barrières métalliques, des coureurs prennent du repos sur la pelouse, des balayeurs nettoient la place des dernières bouteilles d’eau qui traînent par terre. « À cause de tout ça, certains qui viennent manger d’habitude n’osent pas s’approcher. Aujourd’hui, il y a moins de monde », constate Konstantinos en regardant la quantité de pâtes qui reste dans le fond de sa marmite.

Un couple de touristes, appareil photo en bandoulière et guide de la ville en main, passe devant la marmite d’un air interloqué. Aussitôt, Konstantinos les invite à prendre part au repas, mais le couple s’éloigne. « Nous cuisinons pour tout le monde, assure-t-il. Autant pour celui qui a oublié son portefeuille à la maison que pour celui qui est au chômage et n’a pas assez pour nourrir sa famille. Malheureusement, ce sont les plus nombreux. » 

Licencié d’une multinationale, il serait aujourd’hui à la rue s’il n’avait pas pu retourner chez sa mère

Casquette défraîchie vissée sur la tête et un large sweat-shirt sur le dos, Konstantinos a tendance à baisser les yeux pour parler de lui. Il ne préfère pas s’étendre sur le fait qu’à 46 ans, licencié de la multinationale où il travaillait, il serait aujourd’hui à la rue s’il n’avait pas pu retourner chez sa mère. En revanche, ses yeux brillent à nouveau, le sourire revient derrière sa barbe et ses mains s’agitent dès qu’il faut parler de son action, des gens qui l’aident et des moments partagés avec ses visiteurs. « Ça n’a pas été facile au début, confie son amie Mickey. Un jour, il s’est même fait embarquer par la police qui ne comprenait pas ce qu’il faisait là. »

La vie de Konstantinos a changé depuis qu’il offre à manger aux passants. À la question de savoir comment il se sent depuis qu’il a ouvert sa cuisine sociale, la réponse fuse : « Humain. »

Texte et photos : Fanny NAPOLIER

Tags: , , , , ,

Comments are closed.