SOCIΞTé

Tous dans le même bateau

Insulaires déracinés ou Athéniens aisés, le ferry Athènes–Eubée réunit des Grecs de tous horizons. Le temps d’une traversée.

DSC_1493

Vendredi soir. Le port de Rafina s’ouvre sur la mer Égée à l’est d’Athènes. Le ferry reliant la capitale à Eubée, l’île la plus proche, s’apprête à lever l’ancre avec ses 200 passagers, direction Marmari.

Sur le pont, Antonis, 19 ans, retrouve ses copains. Tous sont originaires de l’île mais émigrent dans la capitale chaque semaine pour travailler. « A Athènes, il y a du boulot et c’est mieux payé », explique le jeune conducteur de camions. Pour se loger, « c’est la débrouille, on dort chez des amis ». Leur vraie maison est à Karystos, la ville la plus importante du sud d’Eubée. Pour ces quatre amis, le trajet du vendredi soir est une parenthèse relaxante, synonyme de retour aux sources après une semaine de travail éprouvante.

Antonis, Stavos, Mike et Kassos travaillent à Athènes et reviennent chez eux le weekend venu (Photo : CFJ/C.L.)

Antonis, Stavos, Mike et Kassos (de g. à dr.) travaillent à Athènes et reviennent chez eux le weekend venu.               (photo CFJ/C.L.)

Non loin, Nikos, 64 ans, les cheveux blancs et l’œil joyeux, affiche lui aussi sa bonne humeur en fumant une cigarette au grand air. « Je viens de Thessalonique où je travaille depuis 5 ans. Je retourne voir ma famille qui vit toujours sur notre île natale », raconte cet autre insulaire. « Après du temps passé sur le continent, ça fait du bien de revenir sur l’île », poursuit-il.

Sur le pont où l'eau arrose les passagers, Nikos attend impatiemment l'arrivée à Marmani (Photo : CFJ/C.L.)

Sur le pont où l’eau arrose les passagers, Nikos attend impatiemment l’arrivée à Marmari (photo CFJ/C.L.)

Sur le ferry de Marmari, on n’y voit peu de touristes en cette période de l’année. Les habitués se réfugient rapidement à l’intérieur pour ne pas se faire claquer le visage par le vent du large chargé d’éclats de vagues. Certains se reposent en lisant tandis que d’autres sirotent un verre en discutant accoudés au bar.

Toutes les générations s’y croisent. Marios et sa famille prennent le ferry deux fois par mois pour gagner leur maison de campagne. Pour sa femme Hélène et lui, c’est un bon compromis. « Nous allons sur l’île pour changer d’air et passer un moment en famille », confie Marios tout en jouant avec son fils de 6 ans.

Marios et son fils observent la mer de l'arrière du bateau (Photo : CFJ/N.P.)

Marios et son fils observent la levée de l’encre de l’arrière du bateau            (photo CFJ/N.P.)

« L’île est accessible en peu de temps et c’est un havre de paix bienvenu pour échapper au fourmillement de la capitale », confirment Georges et Vicky, un couple dans la quarantaine. Ces Athéniens aisés ont acquis une maison à Karystos en 2009. « Aujourd’hui, il faut avoir les moyens pour conserver une résidence secondaire. Plusieurs de nos amis se sont résignés à venir moins souvent. Ils voudraient bien vendre leur maison mais dans l’état actuel du marché immobilier, c’est tout simplement impossible », confie Georges.

Vicky et Georges viennent à Eubée pour s'y reposer (Photo : CFJ/C.L.)

Vicky et Georges viennent à Eubée pour s’y reposer         (Photo CFJ/C.L.)

Une heure de traversée plus tard, le ferry atteint la rive eubéenne. Les passagers pressés de débarquer se mélangent une dernière fois à l’arrière du navire. Saluant le capitaine d’un « efkaristo » (merci) à l’accent écorché, un couple trahit son origine américaine. Edward et Margaret, restaurateurs d’objets antiques à la retraite, regagnent leur villa acquise il y a plus de 30 ans. Ayant écouté la discussion à la dérobée, Elias Venezis se présente. Graphiste et féru d’art visuel, il a préféré quitter la capitale infernale. Il travaille au bord de l’eau mais Athènes n’est qu’à une brassée. Commentant la rencontre avec le couple d’Américains, il souligne que l’île « est une vraie mosaïque ». En mettant les pieds sur la terre ferme, les Eubéens se dispersent en un temps éclair. Ainsi s’estompe le reflet éphémère de l’île loin de la ville.

Camille LAURENT et Nicolas PELLETIER

Comments are closed.