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Les Grecs décus par Hollande

Ils espéraient beaucoup de l’élection de François Hollande il y a un an. Aujourd’hui, les Grecs se disent majoritairement désappointés par le président français.

Le quotidien de centre gauche Ta Nea du 24/04/2012 fait sa Une sur l'espoir suscité par la probable élection de F.Hollande à la présidence française (photo TA NEA)

Le quotidien de centre gauche Ta Nea, du 24 avril 2012, fait sa Une sur l’espoir suscité par la probable élection de François Hollande à la présidence française (photo TA NEA)

François Hollande, « le sauveur ». François Hollande, « le réaliste » qui ne laissera pas l’Europe saigner la Grèce par la politique de rigueur. Début 2012, la population hellénique est pleine d’espoir à propos du futur président français. Lors de son élection en mai, le chef de l’Etat français jouit d’une incroyable popularité dans ce pays « ami. » Son arrivée à l’Elysée signe la fin de l’ère « Merkozy », le nom donné au duo formé par Sarkoy et Merkel. La fin d’une politique de rigueur.

« Camouflet pour la politique Merkozy »

En avril dernier, le journal Elefteros Typos, publication proche du parti conservateur Nouvelle Démocratie (ND) voit  dans cette victoire de la gauche en France « un camouflet pour la politique Merkozy. Si Hollande met en oeuvre ses propositions sur la révision du pacte de stabilité, les euro-obligations ou les prêts directs par la BCE, la Grèce va beaucoup en profiter », poursuit le journal. Le quotidien Ethnos (centre gauche) estime alors que « la victoire de Hollande au premier tour envoyait un message fort de changement en ce qui concerne le rapport de force en Europe ».

Les journaux grecs relayent une litanie de compliments et d’espérances dithyrambiques, allant jusqu’à le comparer à un « Roosevelt européen », comme le quotidien Ta Nea (centre gauche). L’inclination de François Hollande à mettre l’accent sur la croissance et l’investissement plutôt que sur l’austérité séduisait. En février 2012, le parlement grec vote en effet les coupes budgétaires demandée par la Troïka (FMI, BCE et Commission européenne) pour pouvoir bénéficier des plans d’aide. En échange, d’une tranche d’aide de 130 milliards d’euros, le pays doit réaliser 3,2 milliards d’euros d’économies pour l’année en cours.

Les Grecs voient donc leur pouvoir d’achat sapé par les coupes générales. Le salaire minimum chute à 530 euros par mois. Le candidat François Hollande propose alors l’émission d’obligations européennes, les euro-bonds. Il suggère également la consolidation de la dette publique avec des prêts directs de la BCE ou l’implication de la Banque européenne d’investissement, instance chargée d’emprunter sur les marchés financiers pour financer des projets européens. Au lendemain de son élection, François Hollande rencontre la chancelière à Berlin pour lui faire part de ses divergences sur le dossier grec. « Je mesure les épreuves et les souffrances qu’une partie du peuple grec subit. Nous viendrons vers eux pour leur permettre d’assurer leur croissance. Je dois envoyer un certain nombre de signes », déclare t-il alors. Mais le cœur des Grecs s’enflamme davantage lorsqu’il force la main d’Angela Merkel pour la signature d’un pacte de stabilité et de croissance.

« Sarkozy s’agitait trop et Hollande pas assez »

D’arbitre européen qui apaise les relations hellenico-germaniques, François Hollande est passé à spectateur impuissant dans l’esprit d’une partie des Grecs.
Pour Elias Nikolopoulos, professeur de sciences politiques à l’université d’Athènes, « Hollande a été présenté comme le sauveur de la Grèce, comme celui qui allait résoudre la crise européenne. Mais il n’a rien fait. Nous, les Grecs, sommes très déçus. Quand il est venu en Grèce il a soutenu le gouvernement, mais le gouvernement ne parvient pas à nous sortir de la crise. »

L’ère Merkozy est loin mais le professeur fait la comparaison entre le président français et son prédécesseur. « Nicolas Sarkozy s’agitait trop et François Hollande pas assez.«  Aujourd’hui, la morosité ambiante a repris le dessus. Avec un chômage de 29% et des recettes fiscales inférieures de 35 millions aux attentes du gouvernement, la Grèce ne voit pas le bout du tunnel. Le pays connaît sa sixième année de récession. Le PIB a chuté de 15% entre le début de la crise en 2008 et 2011.

Georges Contogeorgis, professeur de sciences politiques à l’université d’Athènes porte un regard sans concession sur la classe politique franco-grecque :  »Au moins Sarkozy mettait sa signature a côté de celle de Mme Merkel. Même pour ça, Hollande est absent. La classe politique  en général n’est pas à la hauteur des circonstances, en Grèce comme dans tout l’Occident. Pour la classe politique, les intérêts des marchés priment sur ceux de la société. La société ne compte pas pour les décisions politiques », clôt le politiste, amer.

Marios Horianopoulos, journaliste à News247.gr concède que la presse a une part de responsabilité dans les espérances portées sur François Hollande. « Nous les journalistes avons essayé de redonner de l’espoir, mais nous sommes peut-être allés trop loin dans nos titres et le vocabulaire employé pour décrire François Hollande. » C’est maintenant une sorte de fatalisme qui saisit la population. « On ne sait pas où se trouve la France politiquement et quelle est sa position. On attend un signe fort de sa part. »

Sarra BEN CHERIFA

Remerciements à Alexandre CAPRON et Clémence FULLEDA

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