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Les archéologues menacés par la ruine ?

L’Ecole française d’Athènes raconte un siècle et demi d’archéologie et de diplomatie. Mais, aussi prestigieuse soit-elle, l’institution n’est pas restée à l’abri des coupes budgétaires.

C’est une villa néo-classique, plantée dans un quartier coquet, rue Didotou, entre l’université et la colline du Lycabette. Derrière ses murs, des générations d’archéologues et d’historiens se sont succédées pour décortiquer les plus beaux sites de la Grèce antique. Ils ont tout consigné dans des livres et sur des cartes, précieusement conservés dans l’une des plus belle bibliothèque de Grèce. Fondée en 1846, l’Ecole française d’Athènes (EFA) fut le premier établissement français à l’étranger. Et le premier des 18 établissements étrangers installés à Athènes. Sa renommée dans le milieu des chercheurs est immense et elle joue un rôle non négligeable dans l’harmonie des relations franco-grecques.

L'école française au 6, rue Didonou. (photo CFJ/F.B)

L’école française à Athènes, au 6 rue Didonou. (photo CFJ/F.B)

Mais comme tout les établissements français, depuis 2011, l’EFA a été sommée de réduire ses dépenses afin de contribuer au redressement des comptes publics. « Cette année nous devons faire un effort de 10 % sur notre budget scientifique », explique le directeur Alexandre Farnoux. A la tête de l’établissement depuis septembre 2011, il lui revient de faire entrer l’école dans une nouvelle ère, celle des économies. Il sait bien que l’enveloppe de 6 millions d’euros par an – dont 450 000 euros euros de budget scientifique – ne sera pas éternelle.

  Une nouvelle mission

Depuis la crise économique, la Grèce n’effectue plus aucun chantier d’entretien sans le concours de l’Union européenne. L’obtention des aides se fait via un dossier spécifique pour chaque site. L’EFA aide gracieusement les collectivités grecques dans le montage de ces candidatures par son expertise technique et scientifique.

 « Le but est de baisser nos dépenses, sans réduire notre activité », souligne toutefois le directeur. L’EFA gère sept sites majeurs en Grèce et d’autres en Albanie, en Bulgarie et à Chypre. En 2012, elle a administré 250 demandes de fouilles et mené à bien 112 chantiers. « Même si nous envoyons moins de personnes sur le terrain, une opération doit de toute façon être de grande ampleur pour réaliser des économies d’échelle », pointe-t-il. Autre partie incompressible de l’activité : l’accueil des jeunes chercheurs rue Didotou. Chaque année, 10 nouveaux membres sont recrutés sur concours, puis rémunérés pendant quatre années au tarif d’un doctorant. L’EFA reçoit encore 50 à 70 jeunes boursiers, archéologues ou historiens, qui touchent chacun 900 euros pour une durée d’un mois. Si les restrictions continuent, le directeur n’exclut pas de devoir geler quelques places, comme cela s’est fait à l’École française de Rome.

Alexandre Farnoux, directeur et grand argentier de l'EFA depuis près de deux ans.(photo CFJ/F.B)

Alexandre Farnoux, directeur et grand argentier de l’EFA depuis près de deux ans. (photo CFJ/F.B)

 Des économies pourraient être réalisées sur la gestion – l’EFA possède 4 véhicules et 22 maisons répartis sur les sites de fouilles. Mais là encore, les marges de manœuvre sont limitées . Les cinquante salariés ont tous une fonction bien définie et ne font pas de folies. A l’arrière de l’école, un bâtiment sans charme abrite les locaux « techniques » où l’ingénieur topographe Lionel Fadin est débordé. Il achève de réaliser le plan ultra-détaillé du grand portique de Delphes et mesure la charge de travail que représente un tel projet : « cela fait deux ans et demi que nous sommes dessus à deux personnes. Nous avons passé quatre mois sur le terrain pour les relevés. »

 Sur son bureau traîne l’une des 51 planches de l’Atlas de Délos, pas prête d’être reliée avec les autres : « nous cherchons actuellement un éditeur pour 500 exemplaires… L’Institut Géographique National (IGN) nous a fait un devis de 75 000 euros ! On ne peut pas se le permettre. » Pour le Bulletin de la chronique, un annuaire qui répertorie le résultat des fouilles réalisées chaque année, le service édition a trouvé l’astuce : l’EFA partage le travail avec l’École anglaise. Les deux institutions se partagent les sites à traiter, puis mutualisent leurs moyens pour l’impression et la reliure.

La bibliotheque : avec 80.000 ouvrages, c'est une priorité absolue dans les dépenses budgétaires. (photo CFJ/F.B)

La bibliotheque : avec 80.000 ouvrages, c’est une priorité absolue dans les dépenses budgétaires. (photo CFJ/F.B)

 Mais plus que des économies, la direction table sur de nouveaux modes de financement : d’abord les partenariats avec des universités ou tous autres organismes. Désormais, l’EFA conditionne l’admission d’un étudiant au cofinancement de son voyage par l’établissement d’origine – ce qui n’était pas nécessairement le cas auparavant. Le recours aux deniers privés ensuite : « Depuis début 2013, l’EFA a créé un fond de dotation destiné à collecter des subsides », explique Julien Fournier. Le directeur adjoint est spécialiste de la Grèce du nord, où l’école est présente depuis 1914. Il est en charge de l’exposition et du beau livre commémorant le centenaire des fouilles dans cette région et compte beaucoup sur les généreux mécènes. « De cette façon, nous avons presque doublé notre budget scientifique l’an dernier », note-t-il. Il était en effet passé de 450 000 à 750 000 euros.

« Forts de ce constat, nous avons décidé de communiquer d’avantage sur notre institution qui est assez mal connue du grand public. » Ainsi, une attachée de communication a été recrutée récemment pour démarcher d’éventuels partenaires et soigner les relations avec la presse. Le directeur Alexandre Farnoux, professeur à la Sorbonne pendant vingt ans, a quant à lui repris le chemin des universités françaises pour y donner un cycle de conférences visant à promouvoir l’EFA. Avec toujours ce credo relativiste et positif : « On ne peut se résigner quand on voit l’héroïsme des collègues grecs qui travaillent au service de l’archéologie pour 400 euros par mois. »

Floris BRESSY

 

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