CԱltԱre / PΦlitique

Le martyr d’Aube Dorée

Le metteur en scène Albanais Laert Vasili ne se sent plus en sécurité et songe à quitter la Grèce. Il a été menacé par le parti fasciste et accusé de blasphème par l’Eglise orthodoxe pour avoir adapté une pièce controversée, dans laquelle Jésus est homosexuel.

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Laert Vasili subit des violences quotidiennes et craint pour sa vie. (photo CFJ/S.A.)

Installé à une terrasse du quartier branché de Gazi, à deux pas du théâtre Chitirio, Laert Vasili a du mal à oublier les violences dont il a été victime : « J’ai traversé un mois de guerre, une ‘Nuit de Cristal’ à la grecque. » En adaptant la pièce Corpus Christi, de Terrence MacNally, il s’est attiré les foudres des fanatiques religieux et des membres du parti de l’Aube Dorée. « Chaque semaine, à chaque représentation, ils étaient là pour bloquer l’accès au théâtre et empêcher la tenue de la pièce. » 500 personnes encerclaient le bâtiment pour vitupérer contre une pièce dans laquelle Jésus, entouré de ses apôtres, évolue en milieu homosexuel.

« Les fanatiques, qui ont un problème avec la pièce, auraient dû aller voir Terrence MacNally, où effectivement Jésus est gayMoi, j’en ai fait une adaptation totalement différente et subjective. » Pour le metteur en scène, il n’y a pas d’ambiguité possible avec sa version. Montée au mois de juin, elle fait, selon lui, écho aux élections grecques qui se sont tenues au même moment. « Je mets en scène des personnes qui cherchent un guide, qui le créent… avant de le crucifier. » Un guide, une croix… Laert Vasili affirme qu’il refuse de faire référence à la Bible : « Il meurt parce que tous les héros doivent mourir jeunes pour devenir leaders. Fidel Castro n’a pas droit au même traitement que Che Guevara. C’est une pièce sur les aspirations révolutionnaires, pas sur l’orientation sexuelle. » Son héros à lui s’appelle Christo, « un nom très commun en Grèce ».

 Intimidations et violence au quotidien

Lymphatique, Laert Vasili marque de grandes pauses entre chacune de ses phrases.  Les mains tremblent et le regard se fait fuyant quand il décrit les événements du mois d’octobre. « Il y avait environ 300 policiers. En encerclant le théâtre, pour protéger le bâtiment, ils empêchaient en fait les spectateurs d’entrer », déplore-t-il, avant d’ajouter, dépité : « Ils ne faisaient que renforcer le cercle que formaient déjà les talibans chrétiens et l’Aube Dorée… » Aux mains des ces derniers, des crucifix, des slogans, et des armes. Des spectateurs et des journalistes ont été blessés. Il y avait du sang sur les visages, les bras.

La pièce a été déprogrammée au bout d’un mois, « un désastre pour la troupe qui s’est retrouvée sur le carreau ». Poursuivi pour « blasphème » par l’évêque Séraphim du Pirée – ultra-orthodoxe, soutien de l’Aube Dorée – la date du son procès est encore inconnue. En attendant, il continue de subir au quotidien, menaces et intimidations : « Il y a quelques jours, j’ai été insulté par les précepteurs quand je suis allé payer mes impôts. Ils ont été hyper violents. » Sa famille, elle aussi, reçoit des lettres d’intimidation. Il y est question de caisse, de corps coupés en petits morceaux.

« Je dois partir d’ici »

Les députés d’Aube dorée ont, quant à eux, toujours le metteur en scène dans le viseur. Sur le net, on trouve des vidéos où ils insultent l’artiste : « Putain d’Albanais, on va te brûler vif. » Avec l’homosexualité du Christ, les origines de l’artiste sont une autre source d’injure et de harcèlement. « Il y a toujours eu un grand racisme des Grecs envers les Albanais, pour des raisons historiques. » Cela fait maintenant dix-neuf ans que Laert Vasili vit en Grèce. Pour celui qui a également en a vécu vingt en Albanie, la boucle est bouclée : « Je dois partir d’ici. »

Retravailler pour un théâtre en Grèce lui semble totalement impossible « Si j’étais propriétaire de théâtre, je ne m’embaucherais pas moi même. Je suis devenu trop controversé. Il n’y a plus de travail pour moi. » La peur se lit sur son visage et se perçoit dans ses mouvements, hésitants : « Ici, je ne crois pas que les choses vont s’améliorer. La hausse de la violence ne fait que commencer. C’est le début de la dictature d’Aube Dorée. » Les raisons ? La crise des valeurs, de la morale. Pour Laert Vasili, l’économie vient seulement après. Il envisage de demander l’asile politique dans une ambassade française ou anglaise. « Je dois trouver mon espace de liberté. » Pour lui, cela ne fait plus de doute qu’il n’est plus dans ce pays.

Sofia ANASTASIO et David DE ARAUJO

 

 

 

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