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Le ballet grec au rythme d’une jeunesse en crise

La situation économique et sociale n’épargne pas le milieu de la danse. Pour venir en aide à une jeunesse en mal d’insertion professionnelle, l’Opéra national grec a lancé sa propre initiative : le projet Dancebox.

Le chorégraphe Renato Zanella, accompagné d'une partie des danseurs (pfoto CFJ/H.D)

Le chorégraphe Renato Zanella, accompagné d’une partie des danseurs (photo CFJ/H.D)

Ils sont douze. Agés de 21 à 27 ans, ces jeunes danseurs ont été sélectionnés par l’Opéra National Grec (ONG), parmi une quarantaine de candidats venus de toute la Grèce. Tous ont choisi de rejoindre son expérimental projet « Dancebox », programme socio-éducatif de deux ans, lancé en novembre dernier, par le danseur et chorégraphe italien Renato Zanella.

Responsable de l’école de ballet de l’opéra, il y enseigne depuis septembre 2011. Avec ce projet, l’homme cherche à mettre toute son expérience au service des danseurs en herbe, les aider à trouver leur place dans un marché pour le moins étroit. « En général, à la sortie d’une école de danse, les enfants sont lâchés dans la nature, constate M. Zanella. Aucune institution n’est là pour les aider, les accompagner dans cette délicate transition entre l’école au monde professionnel. C’est l’ambition du projet Dancebox. »

 Pas le moindre centime

Au préalable, au-delà du talent artistique, chacun des candidats devait être diplômé, condition primordiale aux yeux de M. Zanella. « En Grèce, sans cela, il n’est pas possible d’enseigner ou d’ouvrir une école, justifie le père du projet. Comme en France, où il est nécessaire de passer par le Conservatoire. »

Tout est fait pour soulager au maximum ces jeunes qui, financièrement, « n’avaient pas les moyens d’aller passer des auditions », selon Renato Zanella. A ce titre, en prime d’un apprentissage pour lequel ils ne déboursent pas le moindre centime, chacun d’entre eux a la possibilité de loger gratuitement dans les bâtiments de l’Opéra. S’y ajoutent des rémunérations variables, pouvant atteindre 50 € par personne et par représentation. « Même si la somme n’est pas très élevée, c’est déjà beaucoup pour nous », assure Katerina, 26 ans, qui en plus de son apprentissage, enseigne la danse à Athènes pour des enfants en bas-âge. « Nous ne sommes pas liés par un contrat à l’Opéra. Il n’était pas obligé de nous payer. Mais il le fait parce qu’il en a envie », renchérit Georges, 21 ans.

 Professionnel, mais perfectible

Dix à douze heures par semaine, tous assistent à des séminaires et s’exercent sur les compositions personnelles de M. Zanella. D’un style contemporain, elles sont habillées de mélodies classiques, à l’image du titre « Can I ? » échafaudé sur la musique du compositeur italien Gioachino Rossini. Au quotidien, des professionnels du milieu les encadrent. « Différentes compagnies de danses les accompagnent à  l’entraînement, dans l’exécution des chorégraphies, pour les représentations et nos  travaux expérimentaux en projet », précise Renato Zanella

Après cinq mois d’enseignement, les jeunes danseurs sont globalement satisfaits de leur apprentissage, comme Eleni, 27 ans, qui salue « une opportunité formidable et novatrice, confrontant à la créativité  des chorégraphes et permettant d’améliorer ses compétences en la matière ». Mais beaucoup le jugent encore perfectible. « Je pense que nous devrions donner plus de représentations. Mais ce que fait l’Opéra est déjà un bel effort. Et c’est le propre de tout projet d’avoir ses balbutiements », poursuit Eleni qui, avant d’arriver ici, avait été danseuse dans trois compagnies différentes, avant d’être au chômage durant un an et demi, malgré son diplôme de professeur de danse.

« Ce projet m’aidera à trouver du travail »

Pour l’heure, la petite troupe a assuré deux représentations. L’une en février dernier pour un « Gala du Nouvel An », remplissant intégralement les 726 places de Théâtre Olympia l’Opéra Grec National. La suivante au mois de mars, à l’Hôtel Intercontinental d’Athènes, pour le compte de Communauté autrichienne de Grèce. « Actuellement, nous sommes en pleine préparation d’ un  programme que nous irons représenter en tournée, dans quelques mois, sur l’île grecque de Santorin », complète Renato Zanella.

Les jeunes danseurs, en pleine représentation au Théâtre Olympia de l’Opéra national grec, lors du « Gala du Nouvel An ». (photo Greek National Opera)

Tous se disent effrayés par une crise qui n’épargne pas les artistes grecs. Mais cette jeunesse croit en son avenir et veut se donner les moyens de réussir, même si leur catégorie d’âge est frappée par le chômage à 60 %. « J’en suis certain : ce projet m’aidera à trouver du travail, assure Georges. Le seul fait d’ajouter cette ligne à notre CV, indiquera aux gens du monde entier que nous avons été formés par de grands professionnels. »

Originaire de Chypre, le jeune homme rêve de marcher dans les pas du Russo-américain Mikhaïl Barychnikov, « danseur d’une audace incroyable ». D’ailleurs, à la fin de sa formation, Georges nourrit des envies d’ailleurs. « J’aimerais aller danser à Londres pour intégrer la compagnie Hofesh Shechter. » A l’inverse d’autres, qui refusent de quitter la Grèce, par fierté. « Après le projet Dancebox, je souhaite signer un contrat avec l’Opéra national grec, confie Katerina. Rester dans le pays pour me battre contre le système. »

Hugues DAGO

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