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Avec «Women on top», les femmes se serrent les coudes

Réussir quand on est une femme, est-ce toujours possible en Grèce ? Stella Kasdagli en est convaincue. Rencontre avec la tête pensante de Women on Top, un réseau de parrainage qui promeut la coopération entre les femmes et leurs aînées.

La fondatrice de Women on top, Stella Kasdagli, veut croire en l'avenir des femmes grecques.

La fondatrice de Women on top, Stella Kasdagli, veut croire en l’avenir des femmes grecques. (photo CFJ/A.C.)

Rédactrice en chef adjointe du Cosmopolitain grec, auteur, traductrice et maman… Stella Kasdagli  a plus d’une corde à son arc. Avec simplicité et chaleur, cette jeune Grecque de 32 ans prend le temps de recevoir les curieux intéressés par son initiative, « Women on top », tout en calmant les crises de larmes de sa petite Stéphania, 3 ans à peine. Consciente des difficultés rencontrées par son pays, Stella veut avant tout croire en l’avenir. Et pousser les autres femmes à faire de même.

« Vous avez fondé le réseau Women on Top il y a un an et demi. En quoi consiste-t-il ?

- Il s’agit d’aider les jeunes femmes soucieuses de réussir leur vie professionnelle en les mettant en relation avec d’autres femmes plus expérimentées, des « tutrices », qui pourront leur apporter conseils et soutien. La collaboration entre les « paires » de tutrices/filleules peut prendre plusieurs formes. Cela va de la simple correspondance à des rendez-vous réguliers, voire à la conception d’un projet commun. En un an et demi, nous avons créé 50 partenariats tutrice/filleule.

- Comment vous est venue cette idée ?

- Je suis tombée enceinte accidentellement il y a trois ans. Comme je voulais prendre un congé maternité, je cherchais une journaliste qui pourrait m’expliquer la marche à suivre. Je ne pouvais pas m’adresser à mes collègues et encore moins à mes supérieurs, car je craignais de perdre ma place. C’est comme ça que j’ai pensé à créer un réseau qui lierait les femmes entre elles. Plus tard j’ai retrouvé une amie de fac, une psychologue du travail, à qui j’ai présenté mon idée. Nous nous sommes associées et c’est ainsi que le projet a vu le jour.

Stella et sa collaboratrice, Iliopoulos Serenity . (Stella Kasdagli)

Stella (à dr.) et sa collaboratrice, Iliopoulos Serenity. (Photo DR)

- Existe-t-il d’autres réseaux de ce type en Grèce ?

- Il en existe plusieurs, mais ils sont généralement spécialisés dans l’entreprenariat ou l’ingénierie, à l’instar du groupe grec « I for U ». Mais selon moi, les femmes qui accèdent à ces milieux disposent déjà d’un bon socle de relations, de formation et d’informations relatives à leur carrière. Avec Women on Top, je voulais vraiment élargir ce concept, en aidant, par exemple, une coiffeuse ou une serveuse à se réorienter vers une toute autre voie.

- Pouvez-vous donner des exemples de « paires » que vous avez formées ?

- Nous avons une mère célibataire, une traductrice indépendante, qui voulait créer un blog. Nous l’avons associée à Aspa Tsamadi, la co-créatrice du plus grand réseau de blogs sur l’éducation parentale en Grèce. Elles vont bientôt lancer un site ensemble. Nous avons également aidé une jeune Grecque qui voulait remettre la boulangerie de son grand-père sur les rails, avec des études en sciences humaines comme seul bagage. Nous savions qu’elle admirait Cynthia Barcomi, une américaine qui a monté une chaîne d’épiceries fines à Berlin. Nous sommes parvenues à la contacter, et elle est devenue sa tutrice !

- Ce service est-il gratuit ?

- Pour le moment oui. Mais nous avons lancé une procédure pour que Women on top devienne une entreprise sociale. Nous proposerons un abonnement annuel, à bas coût, aux femmes à la recherche d’une tutrice, pour financer les frais de communication. Il ne s’agit aucunement de vouloir faire du profit.

Pourquoi avoir créé un réseau destiné uniquement aux femmes ?

- D’une part, les femmes rencontrent souvent les mêmes problèmes dans la sphère professionnelle : les grossesses et les congés maternité, le harcèlement sexuel, la difficulté d’évoluer dans un milieu du travail dominé par les hommes, etc. D’autre part, les hommes grecs ont un côté macho, et je ne crois pas qu’ils apprécieraient de recevoir les conseils d’une femme plus expérimentée qu’eux.

«Avec la crise, j’observe un retour en arrière. Rester à la maison redevient une fin en soi»

Pensez-vous que les femmes ont plus souffert de la crise que les hommes ?

- D’une certaine façon, oui. Ma génération a grandi avec l’idée que nous pourrions accomplir tout ce dont nous rêvions, que tout était possible. Les jeunes femmes surtout, pour la première fois, pensaient pouvoir accéder aux mêmes responsabilités que les hommes. Mais avec la crise, j’observe une sorte de retour en arrière. Rester à la maison pour s’occuper de son enfant redevient une fin en soi, alors que le travail à l’extérieur permet l’épanouissement personnel.

- Etes-vous féministe ?

- Si le féminisme signifie essayer de rendre la société meilleure pour les femmes, alors oui je suis féministe. Mais je ne veux pas recourir à des méthodes agressives et encore moins prétendre que les femmes sont supérieures aux hommes. Je suis pour l’égalité.

 - Vous élevez une petite fille de 3 ans. Craignez-vous pour son avenir ?

- Ce qui m’inquiète, c’est  qu’elle risque de grandir dans un monde d’adultes plein d’amertume. Les gens n’arrivent pas à accepter que le monde que nous avons connu a disparu. Pour ma part, je pense qu’il faut garder confiance en l’avenir et continuer d’explorer les opportunités qui peuvent s’offrir à nous. C’est encore le meilleur moyen d’accomplir ce dont on a toujours rêvé. »

propos recueillis par Aurélie CARABIN

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