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Aristote reprend du service

Le site archéologique de l’école d’Aristote, situé au cœur d’Athènes, va être ouvert au public en fin d’année. Délaissé pendant quinze ans, le lieu revit grâce à la manne de la société de loterie nationale.

Le site de l'école d'Aristote. Les bains chauds et froids sont protégés des intempéries. (DR)

Sur le site de l’école d’Aristote, les bains chauds et froids sont protégés des intempéries. (photo DR)

A 500 mètres de la place Syntagma, perdus entre immeubles et circulation, des restes de murs, mais pas n’importe lesquels. « Ici, c’était la salle de classe où enseignait Aristote », montre fièrement Nikki Sakka, archéologue en charge du maintien du site. Trouvée en 1996, l’ancienne école où a enseigné le philosophe (384-322 avant JC) pendant douze ans sera accessible au public d’ici la fin de l’année. A peine caché par des grilles, le Palestre, lieu privé d’éducation « physique et mentale » réservé aux enfants, est déjà entouré d’un jardin et d’un chemin de promenade.

« Nous voulons créer un grand pôle culturel au centre d’Athènes, reliant cet endroit au musée byzantin qui est juste à côté », s’enthousiasme l’archéologue, en jean et veste cintrée, assise à l’ombre d’un arbre. Un projet culturel qui n’est pas nouveau. C’est lors de la construction du Musée d’Art Moderne que ces vestiges ont été découverts. Parfaitement symétrique et exactement disposé comme le décrit l’architecte romain Vitruve dans ses textes, le Palestre n’offre en fait au public que la moitié de sa structure sur 2500 m². Le reste est enfoui à quelques mètres sous les bâtiments modernes voisins. Pas de quoi frustrer Nikki Sakka : « Nous devons laisser une partie des bâtiments enfouis pour les générations suivantes. Grâce à leurs technologies, ils pourront faire mieux que nous. Et puis ces bâtiments modernes ont leur histoire, il faut les respecter. »

Plan du Gymnase établi par les archéologues. (DR)

Des archéologues ont établi le plan du Gymnase. (photo DR)

En parlant d’histoire, chaque partie du site en a une à raconter. Construit au IVe siècle avant Jésus-Christ, habité et reconstruit jusqu’au IVe siècle après JC, le Palestre sera finalement abandonné et détruit. « La construction de baraquements militaires du XIXe siècle, utilisés jusque dans les années 1960, a fortement abîmé la structure », ajoute-t-elle. De l’époque d’Aristote, il ne reste d’ailleurs plus rien, si ce n’est quelques poteries. Heureusement, les murs révèlent des indices, que seuls les archéologues savent décrypter.

Un projet financé par les paris sportifs

« Au temps d’Aristote, les élèves s’entraînaient à la lutte et étudiaient sur des parchemins dans des pièces situées autour de la cour centrale », explique-t-elle. Le Palestre ferait partie du « Lycée », un des trois gymnases d’Athènes, lieu où l’on éduquait les éphèbes. C’est là qu’à été fondé par le philosophe l’école « péripatéticienne », qui tire son nom de son goût pour la marche pendant ses leçons.

Le Palestre a été laissé sans protection pendant plusieurs années. (DR)

Le Palestre a été laissé sans protection depuis sa découverte en 1996. (photo DR)

Sous un soleil de plomb, deux employés du Ministère de la Culture, armés de truelles et de débroussailleuses, défrichent le terrain après l’hiver. « Un endroit comme celui-là doit être perpétuellement entretenu », explique l’archéologue. Cela n’a pas toujours été le cas. L’abandon du projet de protection consistant à recouvrir entièrement les restes de construction par une structure métallique a laissé cette zone livrée aux aléas de la météo pendant plusieurs années. « Le Palestre a été très abîmé, déplore Nikki Sakka. Depuis, nous essayons de reconstruire certains tranchées pour faciliter l’écoulement de l’eau. » Seules protections installées, des petites structures de verre et de métal qui protègent les restes de bains chauds et froids, relativement bien conservés. Une reprise de projet permise par une importante dotation de l’Opap, la société qui gère la loterie nationale et les paris sportifs.

Un petit peu plus loin au fond du jardin, un mini amphithéâtre à ciel ouvert accueillera de nouveaux auditeurs, qui partageront sans doute la même soif d’apprendre que les étudiants d’un autre temps.

Anne-Charlotte COSTABADIE

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One Comment

  1. Article vraiment bien élaboré. Le projet semble très intéressant, il est quand même question d’Aristote… Mention spéciale pour le titre « Aristote reprend du service » :) Bravo Anne-Charlotte !!