SOCIΞTé

23 ans, 40 heures par semaine, 510 euros par mois et confiant dans l’avenir

Savvas Bitsoris, réceptionniste de nuit dans une auberge de jeunesse, bac + 6, gagne le salaire minimum pour payer ses études. Portrait.

Savvas Bitsoris est étudiant en Sciences politique. Il travaille dans une auberge de jeunesse pour financer son diplôme. (CFJ/ ALECERF)

Savvas Bitsoris est étudiant en Sciences politiques. Il travaille dans une auberge de jeunesse pour financer son diplôme. (photo CFJ/ A.L.)

A partir de 16 heures, alors que les autres jeunes sont affalés sur des canapés, Savvas Bitsoris, 23 ans, lui, plie et range le linge. Ce grand gaillard aux allures de rocker travaille à l’Athen Style, une auberge de jeunesse du centre d’Athènes, pour financer ses études. Un job de nuit, de 40 heures par semaine, qui lui rapporte… 510 euros brut par mois, le montant du salaire minimum grec : soit 3 euros de l’heure. « Ça ne fait qu’un mois que je travaille ici mais j’en suis pleinement satisfait, déclare-t-il très sérieusement. Je m’estime chanceux, tellement d’autres Grecs n’ont pas de boulot… Au moins j’ai un endroit où aller pour gagner ma vie tous les jours. » En 5 ans, le taux de chômage chez les jeunes Grecs a en effet atteint les 58,4%.

Des Sciences politiques au management d’équipes de foot

En parallèle, Savvas est étudiant en Sciences politiques et en Affaires publiques dans la prestigieuse « Law School of Athens ». Il termine son école en juin prochain, après 6 ans d’études. Ce boulot à l’auberge de jeunesse, c’est son premier job. « Une petite satisfaction », affirme-t-il. Son diplôme en poche, il souhaite réaliser une carrière dans le management d’équipes de football, une passion.

Pour la poursuite de sa carrière professionnelle, il se veut optimiste : « Je verrai bien ce qui s’offrira à moi. Travailler à l’auberge me permet d’entretenir mon niveau en langues étrangères, qui sera essentiel pour ce que je veux faire plus tard. » En plus du grec, l’étudiant maîtrise en effet quatre langues : l’allemand, l’anglais, le français et l’espagnol. Une passion qu’il entretient en parlant avec les touristes étrangers qui se succèdent à l’accueil de l’hôtel.

Savvas Bitsoris s'occupe des réservations de l'auberge en ligne. (CFJ/ ALECERF)

A l’Athen Style, il s’occupe des réservations en ligne.            (photo CFJ/A.L.) 

« Je suis très chanceux car j’ai des parents qui m’aident. Mais la majorité des Grecs sont dans une situation désastreuse. » En  février 2012, pour éponger la dette faramineuse de l’Etat grec (162% du PIB), un premier plan d’austérité drastique a été mis en place avec la baisse de 22% du salaire minimum et la suppression de 15 000 postes de fonctionnaires.

« Les impôts ont augmenté, les factures aussi, la paye a baissé…»

Malgré cette vague de rigueur, la situation économique ne s’est pas améliorée et un second plan a été imposé au pays en novembre dernier par la troïka (BCE, FMI, Commission Européenne). Pour Savvas, l’austérité est visible : « Les impôts ont augmenté, les factures aussi, la paye a baissé… Comment voulez-vous que les gens s’en sortent ? » Contrairement aux idées reçues, les prix en Grèce restent élevés, à l’image du litre d’essence, qui avoisine les 1,60€.

Près de 400 euros par mois, c’est toujours mieux que ce qu’il gagnait l’année dernière en faisant son service militaire, obligatoire pendant 9 mois pour tous les jeunes Grecs : si il était nourri, blanchi et logé, son « salaire » s’élevait à… 8 euros par mois. « Même pas de quoi s’acheter des cigarettes », remarque-t-il. De son expérience militaire, qui l’a fait voyager jusqu’à Chypre, Savvas garde un bon souvenir. « On ne fait pas grand chose, ça laisse du temps pour penser et se faire des copains. »

Le passé de ses grands parents communistes, cachés à Athènes pendant la guerre civile grecque de 1946 à 1949, l’a conditionné : il revendique une forte conscience politique de gauche. Discret, il ne souhaite cependant pas dévoiler le parti pour lequel il vote. « C’est trop important pour être dit comme ça, et puis c’est personnel mais c’est sûr que je suis à gauche. » La montée de l’extrême droite avec le parti néo-nazi Aube Dorée, il le voit comme une énième conséquence de la crise et comme une menace sur le pays en général. « Ce sont des gens infréquentables qui ont des idées toxiques », décrit-il

Pour cet ancien footballeur amateur et grand fan de rock grec , une chose est sûre : son avenir se construira au moins en partie à l’étranger. « Je suis prêt à partir », confie t-il en souriant.

 Anna LECERF

 

Tags: , , , , , , ,

Comments are closed.