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Sans intermédiaires, manger mieux et moins cher

A deux pas de l’université de Thessalonique, la boutique Spame a ouvert ses portes en 2009. Autogérée, elle propose des produits locaux et pas plus chers qu’en supermarché.

Feta, Huile d'olive, origan, miel, vin ... la boutique Spame propose de nombreux produits à la vente (CFJ/M.C.)

Feta, Huile d’olive, origan, miel, vin… la boutique Spame propose de nombreux produits à la vente. (photo CFJ/M.C.)

Cela fait 17 ans qu’Annie habite la Grèce. D’abord fabricante de bijoux, cette expatriée française s’est lancée dans la production de pasteli dans le petit village de Néorouda, cette petite barre sucrée, mélange de miel et sésame qu’affectionne les grecs. « Comme j’en mangeais beaucoup, j’ai décidé d’en faire ! », sourit Annie.

Vendre sans intermédiaire de la production au consommateur

Habillée de violet, de vert et d’orange, elle tient cet après-midi la boutique Spame. « C’est un groupe d’étudiants, il y a 4 ans, qui a décidé à la fin de leurs études d’engager ce projet », explique Annie. Au début, l’idée était de vendre des produits issus du commerce équitable et venus d’Amérique du Sud. Du café, du thé, du chocolat, avec des bénéfices reversés au mouvement zapatiste. Mais très vite le concept évolue, et les produits grecs rejoignent l’enseigne. Il s’agit de vendre directement aux consommateurs des produits issus de producteurs locaux ou de petites coopératives. Annie et ses pastelis rejoignent l’aventure en cours de route : « Je les ai rencontrés lors d’un festival écolo ! »

La boutique du 29 rue Melenikou est petite, et toutes sortes de produits sont alignées sur des grandes étagères en bois. Les prix sont compétitifs, car le magasin ajoute seulement une marge de 10% pour le fonctionnement du magasin. Comptez 4,85€ pour 1 litre d’huile d’olive, 7,40€ le kilo de féta, ou encore 4,75€ les 5 kilos de riz. Des prix plus que compétitifs, à  qualité égale, avec les supermarchés. On trouve également dans le magasin des pois chiches, des olives, du raisin, de l’origan, du vin, et bien entendu les pastelis d’Annie. Il n’y a pas de fruits et légumes : « C’est un projet possible, mais la boutique est trop petite et nous sommes trop peu pour organiser cela », explique la responsable du jour. Tous les produits de SPAME doivent être sans pesticides, sans matières ajoutées, le plus naturel possible.

Les membres de SPAME sont rémunérés en produits du magasin

La boutique est autogérée. La base du groupe, une quarantaine de personnes, se réunit toutes les deux semaines le dimanche, pour prendre toutes les décisions. « Il n’y a pas de chef, et nos réunions fonctionnent à merveille, même si cela peut traîner un peu, explique l’expatriée française. On décide quel produit on va apporter, quel producteur peut participer. » Chaque membre doit s’engager à tenir boutique une à deux fois dans le mois, et se « rémunère » en nature : « On demande aux producteurs de donner 10% de produits en plus », raconte Annie. Spame fonctionne dans les règles de l’art : il faut que chacun soit déclaré pour produire une facture, tout est légal ici.

Annie, productrice de pasteli et membre de l'association SPAME, tient la boutique cet après-midi (CFJ/M.C.)

Annie, productrice de pasteli et membre de l’association SPAME, tient la boutique cet après-midi (CFJ/M.C.)

Un client rentre, c’est le premier de ce début d’après-midi. « Je pense que les gens en Grèce doivent réaliser qu’il faut consommer la  production locale », affirme Efistasilos, jeune peintre à la trentaine dégarnie venue acheter huile d’olive et féta. La boutique fait entre 150 et 350 euros de recette par jour : « On est connu dans le quartier, le bouche à oreille marche bien, explique Annie. Personne ne peut plus échapper au mouvement parallèle de consommation qui se créé. » Le client poursuit : « C’est plus simple de descendre au premier supermarché en bas de chez toi. Mais il faut changer nos habitudes avec la situation du pays. »

De nombreuses initiatives similaires à Thessalonique

La boutique a été créée en 2009, avant la crise, « mais les concepts similaires ont fleuris depuis, affirme Annie. C’est vraiment beau à voir. » Thessalonique est en Grèce une pépinière d’initiatives en tout genre, comme le  « mouvement des patates » de 2012 : des producteurs distribuaient directement les produits de leurs récoltes dans les rues.

L’association Bios Coop essaye d’imiter ce succès : « Notre objectif est d’ouvrir un supermarché solidaires à Thessalonique, explique Lazaros Aggelou, président de cette coopérative de consommateurs, Nous cherchons autour de 600 personnes pour investir 150€ chacun. » Rencontré lors d’une réunion publique, en coopération avec l’initiative 136 qui se bat contre la privatisation de l’eau, il a le même objectif que Spame: manger bien, mieux, et pour moins cher. « Cela n’est pas seulement une solution à la crise, mais une solution pour sortir du système capitaliste », conclut-il.

Pour l’instant épiphénomènes, ces initiatives solidaires se multiplient à Thessalonique comme à travers le pays. De quoi donner l’espoir d’un nouveau départ pour les années à venir.

MORGAN CANDA, à Thessalonique

 

Perka : terrain d’entraînement pour légumes

Avez-vous déjà vu un terrain militaire où poussent des aubergines ? A Thessalonique, on l’appelle Perka. Situé au nord de la ville, il a été « repris » à l’armée en janvier 2011. Sur les 700 hectares du terrain, 8 ont été réquisitionnés pour des plantations. « Il y a 150 personnes environ, divisé en 6 groupes, qui s’occupent des cultures, explique Taxiarchis, membre de l’association Perka. Il y a une réunion par groupe et une réunion de tout le monde tous les mois. »

Des légumes, des fruits de saisons, des herbes aromatiques sont chouchoutés sur l’ancien terrain d’entraînement des militaires. L’espace est irrigué par la récupération de l’eau de pluie. Et tout cela est cultivé de façon naturelle : pas d’engrais, de pesticides, encore moins d’OGM. « Certains insectes existent désormais seulement à Perka dans la région de Thessalonique, car il n’y a aucune matière toxique. » Le fruits et légumes sont consommés par les équipes de Perka et distribués gratuitement dans la ville, à des personnes dans le besoin ou des entreprises en lutte.

« La municipalité n’est pas très regardante sur l’occupation, contrairement aux militaires qui commencent à vouloir récupérer le terrain, poursuit Taxiarchis. Mais nous résisterons. » L’association Perka organise également des cours de cuisine ou des banques de graines. Même si le rendement est encore faible, Perka est l’un des symboles de la solidarité post-crise que les grecs cultivent avec passion.

MORGAN CANDA, à Thessalonique

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