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Le Projet Omikron renverse les clichés

A en croire les médias étrangers, la Grèce corrompue et paresseuse est responsable de son malheur. Des stéréotypes (trop) souvent égrainés que le Projet Omikron, une initiative citoyenne lancée en 2012, tente de changer.

« Alex est Grec… Alex est le salaud grec paresseux et tricheur. Tout le monde le dit, c’est donc que c’est vrai. » La vidéo dure à peine plus de deux minutes mais en quelques images, tout est dit :

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=ehsxIjeRaME]

C’est la force du mouvement Omikron. Il tente de renverser les stéréotypes qui se sont accumulés à propos de la Grèce ces dernières années, avec toujours ces deux mêmes messages : la Grèce n’est pas (seulement) un pays corrompu, tricheur et paresseux ; les Grecs ne sont pas (que) des victimes de la crise. Pour cela, la trentaine de membres du groupe poste régulièrement une photo avec deux légendes différentes. « C’est pour montrer comme il est facile de guider le lecteur en mettant un titre sur une image », clarifie Ismène,  l’une des fondatrices du projet.

L’idée d’Omikron est née dans un bar, autour d’une table en bois, en mars 2012. Quelques amis, exaspérés d’être les cancres de l’Europe et de voir leur quotidien décrit comme un enfer par les médias étrangers, ont décidé de prendre les choses en main. Ils ont créé une initiative citoyenne et l’ont nommé « Omikron », du nom du café où ils se rassemblent.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=vanAbvCUchY]

 « L’expression « PIGS » pour désigner les pays en crise est une véritable volonté de nuire »

Ils ont lancé une contre-offensive médiatique via Internet. « On a vraiment senti, nous les Grecs, qu’on avait toute l’Europe à dos, explique Ismène. Le pays a vécu une crise de l’image, en particulier dans les médias étrangersOn a montré trop d’images de misère, des gens dans la rue, des gens qui fouillent les poubelles. Oui, il y a une crise économique, il y a de la pauvreté, mais on ne veut pas s’en tenir qu’à cela », souligne la jeune femme. Alex, un membre du groupe, analyse : « Les images diffusées par les médias étrangers ne sont pas tous des stéréotypes, il y a parfois une part de vérité. Mais c’est de la  »pornographie de crise », les gens raffolent de voir le chaos et de la pauvreté. »

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Alex lutte contre la « pornographie de crise » (photo CFJ/N.P.)

Le sentiment de n’être plus qu’un cas d’étude économique et un pays paria de l’Europe est fort parmi les créateurs d’Omikron. Ismène évoque l’utilisation du terme  »PIGS » (littéralement « porcs » en anglais ) par les médias européens pour désigner les quatre pays en crise : le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne. « J’ai trouvé cela déplacé, qu’on mette les initiales dans cet ordre. C’était une véritable volonté de nuire », juge-t-elle.

Objectif : convaincre le « contribuable allemand »

Omikron vise donc un public essentiellement hors de Grèce et la communication se fait majoritairement en anglais. La vidéo « Alex », véritable succès du projet, a ainsi été traduite en cinq langues afin de toucher le plus de personnes possible. Les productions ne sont pas forcément régulières, elles « privilégient la qualité plutôt que la quantité », note Ismène. L’idée est de convaincre le « contribuable allemand » que le Grec n’est pas l’assisté qu’on lui décrit et que « son argent n’est pas donné mais prêté et qu’il ne va pas dans les poches des citoyens mais dans les caisses de l’Etat grec pour sauver les banques », précise Ismène.

Le projet constitue aussi un symbole fort de l’activisme citoyen qui agite aujourd’hui la Grèce. Des petites initiatives spontanées naissent un peu partout dans le pays, sans grands moyens mais avec la forte volonté de changer les choses. L’austérité n’est pas seulement subie, elle est contournée.

Et si Ismène devait raconter la Grèce d’aujourd’hui, voilà ce qu’elle dirait :

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=wo8SSmEIzUA]

Clothilde MRAFFKO et Nicolas PELLETIER

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