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L’énergie solaire éclipsée par la crise ?

Le potentiel de la filière photovoltaïque est énorme en Grèce. Mais, faute d’investisseurs, l’avenir de l’énergie solaire n’est peut-être pas si ensoleillé.

Avec 300 jours de soleil par an, la Grèce n’attire pas seulement les touristes en quête de plages paradisiaques, c’est également un eldorado pour les producteurs d’énergie solaire. Le potentiel du pays est colossal mais, actuellement, seulement 3% de l’électricité consommée est produite grâce à des panneaux solaires, installés sur les toits des particuliers ou dans des champs.

La Grèce bénéficie  de 300 jours d'ensoleillememt par an.

La Grèce bénéficie de 300 jours d’ensoleillememt par an. (photo Flickr)

Nikolina Kosteletou, professeur d’économie à l’université d’Athènes, l’affirme : « C’est un secteur du futur et qui pourrait redynamiser l’économie du pays. » Il y a quelques années, l’Etat hellénique a massivement investi dans l’énergie solaire. Aujourd’hui, la Grèce est en avance sur les objectifs fixés par l’Union européenne en matière d’énergies renouvelables. Un membre du parti écologiste grec, Nikos Mantzaris, est optimiste : « L’objectif imposé par l’Union européenne est que chaque pays produise 2 500 MW d’énergie solaire en 2020. On va atteindre très rapidement ce but car en décembre 2012, le pays avait déjà une capacité de 1423 MW. Cela dit, l’objectif de 2 500 MW pour 2020 est bien bas ! »

Avec la crise économique, l’Etat grec a dû réduire les incitations d’installations photovoltaïques. Le gouvernement avait mis en place un système très avantageux pour pousser les Grecs à mettre des panneaux solaires sur le toit de leur maison : la compagnie nationale d’électricité (Public Power Corporation) rachetait l’électricité solaire aux particuliers bien plus chère que son prix de revient. Depuis août 2012, ce prix a été baissé, mais cela reste encore rentable pour un foyer de posséder des panneaux solaires. L’Etat n’a plus les moyens de développer le photovoltaïque et les investisseurs privés sont de plus en plus frileux. « Ce qui freine les investissements, ce sont les incertitudes qui règnent sur le business en Grèce. Les lois changent tout le temps à cause de la crise ! », explique Nikolina Kosteletou.

L’échec du projet Helios

Pourtant, l’Etat grec rêvait d’un projet olympien pour relancer l’économie du pays grâce à son énergie solaire. Le projet Helios – du nom du dieu du soleil – s’est imposé en 2011 comme une solution contre la crise, grâce à la construction de gigantesques parcs de panneaux solaires. Mais l’objectif inédit de ce projet était d’exporter l’énergie solaire vers le reste de l’Europe en construisant une gigantesque réseau pour transporter l’électricité. L’Allemagne devait en être le premier client.

Mais Helios a laissé dubitatif les investisseurs potentiels. Le gouvernement n’a pas réussi à rassembler les 19 milliards d’euros nécessaires à la réalisation du projet, Helios est au point mort. Le président de l’Association des producteurs de photovoltaïque (SPEF), Stelios Loukamis, soutient un programme de ce type sous certaines conditions. « Ce serait une bonne chose pour nous d’exporter de l’électricité mais seulement si la demande est là. Sinon on serait en surproduction, ce qui ferait dégringoler le prix de l’électricité, et ca ne serait pas rentable. »

Autre faiblesse du projet Helios : il n’aurait pas stimulé suffisamment les créations d’emplois selon Christos Polyzogopoulos, le président du Conseil économique et social de Grèce. « Nous avions rendu un avis mitigé au gouvernement sur ce programme parce qu’il n’imposait pas que les panneaux solaires soient fabriqués dans notre pays. Le matériel aurait été acheté en Chine, ca n’aurait pas créé d’emplois en Grèce. »

Nikos Mantzaris estime que la priorité n’est pas d’exporter de l’énergie vers d’autres pays, mais de satisfaire les besoins de la Grèce avant tout.  L’argent ne va pas au bon endroit selon lui. « La compagnie d’électricité nationale continue d’investir dans le lignite – une sorte de charbon -, c’est scandaleux », s’indigne-t-il.

Stelios Loukamis a, quant à lui, un point de vue bien plus pragmatique sur la question : « On ne peut pas vivre qu’avec l’électricité solaire. Sans le lignite, le prix de l’électricité serait bien plus cher. Ce n’est peut-être pas très bon pour l’environnement, mais on n’est pas Green Peace !» En Grèce, énergie solaire rime plus avec business qu’avec écologie.

Virginie COOKE

« Les panneaux solaires permettent de gagner de l’argent en restant assis dans son canapé »

Vassilis Kottoris n’est pas peu fier son installation photovoltaïque. Il y a un peu plus d’un an, ce fonctionnaire a fait l’acquisition de quarante panneaux solaires (soit une surface d’environ 25 m²) qu’il a installés sur la terrasse de sa maison, à Acharnes, au cœur de l’Attique. Un investissement de 21 000 € qu’il ne regrette pas. « Cette année, ça m’a rapporté 8000 €. Je devrais rentabiliser l’achat de l’installation en 2 ans et demi ou 3 ans », prévoit-il.

Une rentrée d’argent salutaire. « Avant la crise, je cumulais deux emplois et donc deux salaires. Depuis, l’entreprise où je travaillais a fermé et mon salaire de fonctionnaire a diminué de 40 %. » Il vit avec sa fille de 31 ans, Christina. C’est elle qui l’a convaincu de se tourner vers le solaire. « C’est le meilleur investissement à faire en Grèce en ce moment, assure la jeune femme. Gagner de l’argent en restant assis dans son canapé, c’est vraiment tentant ! »

Un constat que partage Yannis Karagiannis, vendeur à Cocoon, un magasin d’équipements photovoltaïques : « Malgré la crise, les particuliers continuent d’investir dans le solaire car ils savent que c’est rentable. » Il dit ne pas avoir beaucoup d’efforts à faire pour inciter ses clients à acheter. L’argument financier suffit. L’opérateur public d’électricité grec rachète l’énergie photovoltaïque plus de deux fois plus cher que le prix auquel il vend l’énergie traditionnelle. « Le prix d’achat d’une installation est assez élevé, il faut compter au moins 15 000 €. Mais elle est assurément rentable en moins de 5 ans. »

L’argument écologique n’est quasiment pas évoqué. Selon Nikos Mantzaris du parti vert, « en période de crise, les gens ne se tourne pas vers le solaire pour sauver la planète mais plutôt pour arrondir leurs fins de mois. » Mais pour lui, qu’importe. Les énergies renouvelables progressent.

Adèle Desachy

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One Comment

  1. Bonjour,
    Bonjour,
    Le prix des panneaux solaires reste le plus gros inconvénient de ce système c’est pourquoi la demande ne correspond plus à l’offre. Pour économiser de l’énergie, l’utilisation de l’éclairage solaire reste accessible pour tous