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Le « Razi », resto nostalgique

Oreste et Glannis viennent de passer la cinquantaine. Ces deux Athéniens, après avoir consommé la vie par les deux bouts, se sont réfugiés dans leur restaurant, le Razi, où ils ne veulent pas entendre parler de crise.

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Oreste (à g.) et Glannis ont ouvert leur restaurant au coeur d’Athènes, le Razi en août 2012. (photo CFJ/A-C.C.)

Des notes de jazz s’échappent des quatre coins de la pièce et inondent le restaurant. Oreste et Glannis, deux quinquagénaires au look tout droit sorti de l’adolescence attendent leurs premiers clients. Il est un peu plus de 16 heures et les deux amis sont attablés, cigarettes à la main. Glannis, bandeau bleu azur noué autour du cou, reste fuyant. Oreste, cheveux rasés et barbe grisonnante taillée en pointe, est beaucoup plus loquace. « A la base, on voulait ouvrir un bar avec des plats en accompagnements. Au fur et à mesure les petits plats sont devenus grands et le bar s’est transformé en restaurant », explique-t-il en avalant une gorgée de bière.

En mars 2012, Glannis a racheté ce café situé à deux pas des rues les plus touristiques d’Athènes, pour 35 000 euros. « Le lieu était complètement délabré. » Il a fallu cinq mois pour le nettoyer et le retaper. Aujourd’hui, dans son décor volontairement suranné, le Razi peut accueillir jusqu’à 40 couverts. « Tous les plats sont au prix fixe de 3,5 euros », explique le propriétaire des lieux, désormais occupé par les commandes des quelques clients installés en terrasse.

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Glannis, ancien DJ et animateur radio. (photo/CFJ A-C.C.)

« Nous nous connaissons depuis 30 ans, mais on s’était perdu de vue après le mariage de Glannis, il y a 15 ans. Nous nous sommes retrouvés grâce à une connaissance commune », poursuit Oreste. Les deux amis, tous deux anciens DJ, sont issus du « monde de la nuit » et expliquent à demi-mot en avoir connu les excès. « On aime plutôt boire et consommer la vie.  D’ailleurs, les premiers clients que nous avons reçus lorsqu’on a ouvert étaient d’anciens amis issus de ce milieu », ajoute-t-il. Pourtant aujourd’hui, le Razi se veut un endroit tranquille où les clients viennent manger, boire un verre ou fumer. Au calme.

En apparence, tous les deux sont aujourd’hui rangés. Jusqu’en 2009, Glannis animait des émissions musicales à la radio. « Aujourd’hui, avec la crise, c’est un secteur qui est en train de mourir, les producteurs se contentent de diffuser des playlists », explique-t-il. Oreste, alors cuisinier dans un restaurant de la banlieue d’Athènes n’a pas hésité a quitter son travail pour rejoindre son vieux copain.

« Cela nous rapporte l’équivalent de quelques paquets de clopes »

Ils passent entre 15 et 18 heures par jour dans leur restaurant. « Nous sommes financièrement à l’équilibre mais, concrètement, cela ne nous rapporte que l’équivalent de quelques paquets de clopes », détaille Glannis. La crise, ils la vivent au quotidien, mais eux ont décidé de la laisser aux autres. Ils préfèrent rester cloisonnés dans leur univers empreint de nostalgie où trônent les maquette de bateaux en bois flotté de Glannis et les trouvailles d’un autre temps qu’ils ont chiné. Au dessus de leurs têtes, des cravates du père d’Oreste, suspendues au balcon du premier étage. Dans un coin, le jukebox de sa tante. Tout ici est attaché à un souvenir personnel.

Oreste, ancien DJ et cuisinier. (Photo/CFJ A.C.C.)

Oreste, ancien DJ et cuisinier. (photo/CFJ A-C.C.)

« En Grèce, on n’a pas encore vu l’enfer », prévient Oreste, pour qui le pays n’est pas prêt de voir le bout du tunnel. En attendant, les deux quinquas continuent de siroter la vie. Glannis allume une énième cigarette et passe derrière le bar pour servir un nouveau verre de liqueur de grenade à ses clients. Derrière lui, une inscription, « si la musique est trop forte, c’est que tu es trop vieux », vient rappeler, si c’est encore nécessaire, à quel point Oreste et Glannis ont décidé de refuser les assauts du temps.

Anne-Charlotte COSTABADIE et Jérôme COUTON

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