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La rue Pittaki, étincelle d’Athènes

Au détour d’un carrefour d’Athènes, l’ancienne ruelle abandonnée revêt son habit de lumière à la nuit tombée et devient la diva du quartier de Monastiraki. Le projet artistique et citoyen « Before the Light » ressuscite ainsi une Athènes endormie.

Pris dans le grouillement de la rue Ermou, axe dynamique et très fréquenté de la capitale grecque, un point lumineux attire le regard. La rue Pittaki brille d’un halo mystérieux. Un arrosoir vert abîmé se balance au bout d’un fil. A ses côtés, un vieux lustre illuminé retrouve sa jeunesse d’antan, tandis que guirlandes et abat-jour complètent cette parade enchantée. 150 luminaires parent la rue d’un toit étincelant, dont l’intensité varie au fil de l’avancée des passants.

« La crise a ravagé la ville, les magasins ferment les uns après les autres »

En pleine conversation, Eirini Steirou, une des artistes à l’origine de l’installation, et Stephania Xydia, manager du projet, déambulent sous cette intrigante composition. « Nous cherchons à promouvoir l’identité urbaine en faisant appel à des artistes mais aussi aux citoyens », explique Stephania Xydia, responsable de la communication du collectif Imagine the City. Crée en 2009, cette organisation à but non lucratif rassemble une dizaine d’architectes et de designers porteurs de projets initiant la réhabilitation urbaine. « Depuis 2009, la crise a ravagé la ville. Le centre d’Athènes tombe en décrépitude. Le plus frappant, c’est le vide. Les magasins ferment les uns après les autres », note Eirini Steirou d’un air abattu.

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(vidéo : Beforethelight/D.R.)

Citant le poète Charles Bukowski (« Il faut apporter sa lumière dans les ténèbres, personne ne le fera pour nous »), Stephania condamne le manque d’initiatives citoyennes dans son pays et tente, à sa manière, de faire bouger les lignes. « Notre message, c’est de dire : arrêtez d’attendre que le gouvernement fasse ce que vous pouvez faire par vous-même », expose-t-elle enjouée, en se tortillant sur sa chaise. Un message symbolique fort en cette période économique troublée.

Tout a commencé en Juin 2012. L’association Imagine the City a mis en relation les membres du collectif artistique Before the light, la ville d’Athènes et un sponsor, la société privée Coca-cola. Ensemble, ils ont choisi la rue Pittaki. Sombre mais visible de la rue Ermou, abandonnée mais pas dangeureuse, bordée de vendeurs de luminaires : l’endroit idéal pour le projet.

Les citoyens ont offert leurs vieilles lampes pour réaliser cet étrange toit lumineux

Un partenariat où tout le monde trouve son compte. La ville d’Athènes, bien que réticente, a accepté de fournir l’apport technique et a finalement salué le succès de l’opération. Les citoyens mis à contribution ont, durant trois semaines, offert leurs vieilles lampes. De quoi réaliser cet étrange toit lumineux. Aujourd’hui, grâce à cette installation, la vie est revenue rue Pittaki. Les voisins ont fait connaissance, deux nouveaux magasins ont ouvert et les touristes, curieux, viennent y déambuler. « La rue Pittaki, hier inconnue, est devenue une célébrité », confie, radieuse, Eirini Steirou.

En plus des lampes, deux artistes ont participé à la restauration de la rue. Kez, artiste grec, a reproduit sur les murs décrépis, les pièces d’une maison afin que les passants s’y sentent chez eux. Christina Tsevis, a, elle, offert plusieurs « stickers » géants, collés aux murs, qui ont, pour certains, hélas été volés.

 

Le projet n’a pu voir le jour qu’avec la détermination des bénévoles qui l’ont porté. « Le ministère de la Culture n’a pas l’approche créative adéquate, ils sont beaucoup trop traditionnels. En plus, le gouvernement a, en ce moment, d’autres préoccupations», explique Stephania.

Ravies devant le succès remporté, les deux femmes sont fières du chemin parcouru. Le visage illuminé, elles contemplent silencieusement la rue Pittaki, nouveau berceau de lumière athénien.

Maurine FORLIN et Marie GARREAU DE LABARRE

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