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Cerveaux grecs, l’Allemagne a besoin de vous !

Premier stand à l’entrée du Forum emploi d’Athènes : l’agence allemande pour l’emploi, venue présenter aux jeunes diplômés grecs les postes dont l’économie allemande a besoin. 

Devanture du stand de l’Agence allemande pour l’emploi, au Forum emploi d’Athènes,    le 3 avril 2013. (photo CFJ/L.M.)

Emploi, mode de vie et même douceur du climat. C’est une Allemagne idyllique que présente cette brochure d’une quarantaine de pages, en allemand et en anglais. L’opération séduction, à grand renfort de photos de familles heureuses, d’amis partageant une bière en terrasse, d’acteurs et de sportifs célèbres, est destinée aux jeunes diplômés grecs. Avec des allures de publicité mensongère.

Cette mise en scène est au mieux superflue. Les indicateurs économiques suffisent à convaincre les jeunes Grecs, par exemple le taux de chômage des moins de 25 ans qui a explosé en Grèce depuis 2009, pour frôler les 60%, alors qu’il diminue en Allemagne où il est de 8% (voir graphique ci-dessous).

La Bundesagentur für Arbeit, l’équivalent allemand de notre Pôle emploi, a installé son stand à l’entrée du bâtiment principal, bien en vue des étudiants et jeunes diplômés venus en nombre. Des ingénieurs fraîchement sortis de l’université Polytechnique d’Athènes s’arrêtent devant la table sur laquelle trônent des petits drapeaux noir, rouge et or. Ils entament une conversation dans un allemand parfait avec les deux jeunes représentantes de l’agence.

« La maitrise de la langue allemande est essentielle pour travailler en Allemagne », explique l’une d’elles. Depuis plusieurs années, la Grèce est une des cibles prioritaires de la diplomatie culturelle de Berlin. Le Goethe Institut possède quatre antennes dans le pays et l’apprentissage de l’allemand a le vent en poupe. La langue est le seul prérequis pour émigrer, nul besoin de visa ni de permis de travail quand on est ressortissant de l’Union européenne.

Page d'accueil du site de l'agence allemande pour l'emploi dédié aux jeunes européens souhaitant venir travailler en Allemagne (http://www.thejobofmylife.de)

Page d’accueil du site de l’Agence allemande pour l’emploi, dédié aux jeunes Européens souhaitant venir travailler en Allemagne (http://www.thejobofmylife.de)

L’Agence fédérale pour l’emploi n’a pas choisi le forum par hasard. Les ingénieurs informatiques, présents en nombre, font partie de leurs cibles prioritaires.

Jouant carte sur table, les représentants allemands sont venus avec un prospectus ressemblant à s’y méprendre à une liste de courses : « L’Allemagne propose des postes d’ingénieurs, d’informaticiens, de médecins, d’infirmières, d’artisans et techniciens expérimentés, de personnels qualifiés dans l’hôtellerie et la restauration ainsi que dans l’aide à domicile pour les personnes dépendantes. »

Une communication ciblée vers les plus qualifiés

Selon un récent rapport de l’OCDE, l’Allemagne est le pays membre de l’organisation le plus ouvert à l’immigration de main d’œuvre hautement qualifiée. La démographie déclinante et la pénurie de diplômés dans des secteurs aussi cruciaux que celui de la santé poussent en effet l’Allemagne à recruter dans les pays du Sud de l’Europe, où la formation est de qualité et où les candidats à l’émigration ne manquent pas. S’ajustant au plus près aux besoins des entreprises du pays, l’Agence allemande pour l’emploi oriente les candidats vers des zones prospères, autour de  villes comme Stuttgart, Düsseldorf ou Munich.

Devant le stand de la chasseuse de tête Jessica Kluge, ici à l’arrière plan, une jeune Grecque se renseigne sur les postes disponibles en Allemagne. (photo CFJ/L.M.)

Il y a un peu plus d’un an, Jessica Kluge a créé son agence de recrutement international. Elle a fait le choix de se spécialiser dans la mise en relation d’entreprises allemandes avec les ingénieurs et médecins grecs. Plusieurs agences de ce type existent, du chasseur de tête indépendant aux entreprises spécialisées comme Paragona pour les médecins. « La formation en Grèce est très bonne, et de nombreux postulants parlent allemand, explique Jessica Kluge, les gens veulent partir. Ils viennent vers nous, nous les aidons. » Afin de rencontrer personnellement les candidats à l’émigration, elle vient tous les mois à Athènes.

Tout est fait pour faciliter l’émigration des candidats à fort potentiel

Les services de Frau Kluge sont gratuits pour les candidats grecs à l’émigration. Les entreprises et hôpitaux allemands, en manque de personnel qualifié, financent l’intégralité des coûts liés à l’émigration, du premier rendez-vous à l’installation définitive.

L’Allemagne récolte les fruits de plusieurs années de politique culturelle extérieure ciblée et n’hésite pas à mener des campagnes de recrutement offensives, organisant la fuite des cerveaux grecs. « Nous sommes en guerre économique avec l’Allemagne, nous glisse un étudiant quittant le forum. Et, contrairement à nos grands-parents qui ont pris les armes, nous ne faisons que subir. » En attendant un sursaut de l’économie grecque, la file continuera à s’allonger devant le stand de Frau Kluge.

Laura MIRET

 

 

 

 

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