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Le basket à la folie

Depuis le titre européen conquis sur ses terres en 1987, la Grèce est tombée amoureuse du basket. Et les performances de son équipe nationale ou de ses clubs en Europe ne sont qu’un simple reflet de cette passion.

Des petits matchs improvisés entre amis... Un phénomène devenu monnaie courante à Athènes.

Des petits matches improvisés entre amis… Un phénomène devenu monnaie courante à Athènes. (photo CFJ/ M.B)

Il suffit d’avoir l’occasion de se promener dans les rues d’Athènes pour comprendre qu’ici, le basket-ball est bien plus qu’un sport. Impossible de traverser un quartier de la capitale hellénique sans croiser un petit terrain de plein air enfermé entre quatre grillages. «C’est génial pour jouer. Peu importe où l’on est, on a toujours un terrain à proximité », sourit Greg, un brun qui approche facilement le double mètre.

Mais pas besoin d’avoir le profil type du basketteur pour se faire plaisir. Près de l’ancien complexe olympique d’Hellinikon, Dimitris, un père de famille au physique pas vraiment taillé pour claquer des dunks, vient manier la balle orange avec ses deux enfants, de 8 et 7 ans. « Tout le monde peut venir jouer : les grands, les petits, les gros, les maigres… Tout le monde ! Ma fille préfère le volley et mon fils le taekwondo, mais c’est important pour moi qu’ils jouent au basket. Déjà, c’est moins dangereux. Et puis j’adore ça ! »

L’Euro 1987, le facteur déterminant

Et il est loin d’être le seul. La relation entre le basket et les Grecs ressemble à s’y méprendre à une véritable histoire d’amour. Comme s’ils étaient faits pour se rencontrer. Et se plaire. « Si le basket est aussi populaire, c’est parce que c’est un sport qui nous correspond, avance Greg, le longiligne basketteur. C’est un sport très tactique et où chacun doit savoir ce qu’il est censé faire. Les feintes et la roublardise y sont très importantes. Nous, les Grecs, nous sommes comme ça au quotidien », s’amuse-t-il.

Et pourtant, cette romance n’était pas évidente avant 1987 et l’Eurobasket organisé au pays. Jusque-là, les Grecs n’avaient que faire de la balle orange. Le basket était l’équivalent du handball d’aujourd’hui. « Mais en 1987, on remporte le Championnat d’Europe chez nous, avec une génération de joueurs exceptionnels. C’est à partir de ce moment là que tout le monde s’est mis à jouer au basket », explique Stefanos Triantafyllos, journaliste grec spécialisé.

 

Pour Dimitris (à droite), le basket est une affaire de famille.

Pour Dimitris (à dr.), le basket est aussi une affaire de famille. (Photo CFJ/M.B)

C’est aussi à cette époque-là que les terrains de basket commencent à envahir les rues d’Athènes. Et d’emblée, le bitume est pris d’assaut par les jeunes. « Dans les années 1990, il y avait tout le temps du basket à la télé », poursuit Stefanos Triantafyllos. Et quand l’équipe nationale ne jouait pas, un club prenait le relais : l’Aris Salonique. L’équipe des « Empereurs », comme elle était surnommée en Grèce. Un assemblage des meilleurs joueurs de Grèce qui a permis au club de remporter trois fois la Coupe d’Europe. « Tout le monde s’organisait de façon à pouvoir regarder les matchs de l’Aris, notamment ceux du jeudi soir, en Coupe d’Europe. Les cinémas fermaient car tout le monde était devant sa télé », se souvient le journaliste.

C’est le début de la gloire pour le basket hellène. Aujourd’hui, tous les enfants jouent au basket, ne serait-ce qu’à l’école. A Athènes, chacune d’entre elle dispose de son propre terrain. Certains lycéens font même des heures supp’ en continuant à jouer après les cours. Angelos et ses amis, tous âgés de 16 ans en font partie : « A l’école, on joue presque tous au basket. Quand on a le choix, on opte pour ce sport. Mais on préfère jouer en dehors, c’est plus marrant et il n’y a pas de prof. »

Quand le basket concurrence le foot

Et surtout, jouer au basket ne coûte rien. Or, en temps de crise, ce n’est pas négligeable. Ce sport est donc vite devenu un exutoire pour certains. « C’est un moyen de se défouler, de se changer les idées. Il y a des moments où ça fait vraiment du bien », poursuit Angelos. « Je ne sais pas s’il y a plus de joueurs qu’avant la crise, mais les gens jouent plus souvent », confirme Stefanos Triantafyllos.

En Grèce, ce sont les basketteurs qui posent pour faire la promotion des équipements sportifs. A droite, Kostas Papanikolaou, joueur de l'Olympiakos, en plein shooting photo.

En Grèce, ce sont les basketteurs qui posent pour faire la promotion des équipements sportifs. Kostas Papanikolaou (à dr.), joueur de l’Olympiakos, en plein shooting photos. (photo CFJ/M.B)

Malgré cet engouement, le basket n’a pas encore détrôné le football comme sport numéro 1. « Les fans de basket sont souvent plus passionnés par leur sport qu’en foot, explique le journaliste, passionné de basket. Mais le football reste le sport qui attire les gens en masse. Je pense que c’est encore le sport le plus populaire. » Sokis, un basketteur de 37 ans rencontré sur l’un des terrains d’Athènes, tient à nuancer : « Il y a plus de gens qui regardent du football. Mais en terme de pratiquants, le basket est devant. »

Beaucoup de pratiquants et donc un meilleur niveau. En foot, les clubs grecs n’ont jamais remporté la moindre compétition européenne. Tout le contraire du basket, qui compte pas moins de huit titres en Euroligue, la plus prestigieuse des Coupes continentales. Vainqueurs des deux dernières éditions, le Panathinaïkos (2011) et l’Olympiakos (2012) sont encore (au moins) en quarts de finale cette année. De quoi faire rêver un peu plus les jeunes Grecs.

Martin BOURDIN

 

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