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Jeunes diplômés en quête d’entreprises

Le forum de l’emploi d’Athènes a lieu les 3 et 4 avril 2013. Dans un pays où universités et entreprises se parlent peu, les étudiants de Polytechnique ont créé cet évènement pour rencontrer de potentiels employeurs.

Antonis Papaioannou, Eleni Santorinaiou, Vasso Tzanaki, et Marilena Katali font partie de l'équipe de bénévoles qui ont organisé le Forum emploi. crédit photo

Vasso Tzanaki, Marilena Katali, Antonis Papaioannou et Eleni Santorinaiou (de g. à dr.) font partie de l’équipe de bénévoles qui a organisé le Forum emploi. (Photo CFJ/L.M.)

Ironie du sort, c’est dans un ancien complexe industriel réhabilité en musée que les étudiants athéniens viennent aujourd’hui chercher un emploi. Il n’y a pas foule dans les allées du Technopolis mais, à l’intérieur, les étudiants se pressent et forment des files devant les stands des entreprises.

Il s’agit d’une occasion rare pour eux. En Grèce, le monde académique et les entreprises entretiennent des rapports au mieux distants, au pire tendus. « Nous ne sommes pas incités à faire des stages. Les universités ont trop peu de liens avec les entreprises, elles sont trop politisées », explique Elizabeth Theodorou, 24 ans, ingénieure en génie électrique diplômée de l’université polytechnique d’Athènes. Selon elle, le forum ne pourrait pas être organisé dans les locaux de la fac. Les militants des partis d’extrême gauche, qui qualifient ces rencontres de « marché aux esclaves », « seraient capables de détruire les stands », précise-t-elle.

Les étudiants de l’université polytechnique d’Athènes ont créé le forum de l’emploi il y a trois ans, à destination des élèves ingénieurs et des filières économiques. Tous les organisateurs sont bénévoles. L’université se contente de prêter des locaux pour que les étudiants puissent se réunir durant l’année. L’évènement est entièrement financé par des sponsors privés, qui exposent également sur le forum. Cette année, il durera deux jours, au lieu d’une journée les années précédentes. Les organisateurs espèrent doubler le nombre de visiteurs, de 1000 à 2000.

« C’est la Grèce qui nous fait fuir »

Postes peu nombreux et bas salaires incitent les jeunes diplômés à tenter leur chance hors des frontières grecques. Les entreprises étrangères sont nombreuses sur le forum, de L’Oréal à McCain (agroalimentaire), en passant par Vodafone. Ils  proposent des postes en dehors de Grèce, et les entreprises grecques ont du mal à recruter certains profils techniques. L’agence allemande pour l’emploi a même fait le déplacement.

Pour Paul Klimus, directeur des ressources humaines Europe chez Jacobs, une entreprise américaine de conseil et d’ingénierie, il n’y a pas assez d’ingénieurs diplômés dans le monde et leur formation est bonne en Grèce. « Les jeunes diplômés grecs parlent anglais, ils veulent partir », explique-t-il. Présent sur des forums similaires au Portugal et en Espagne l’année dernière, il nous assure pourtant que les recruteurs étrangers ne sont pas là pour profiter de la situation dans les pays du sud. « Nous allons chercher les ingénieurs partout où il y en a », se défend-t-il. Eleni Santorinaiou, une bénévole de l’équipe d’organisation du forum, va dans son sens : « Les entreprises étrangères n’ont pas besoin de venir nous chercher, c’est notre pays qui nous fait fuir ! »

Des étudiants relisent leur CV au soleil dans la cours du Technopolis. Photo Laura Miret

Des étudiants relisent leur CV au soleil, dans la cour du Technopolis. (Photo CFJ/L.M.)

Les entreprises sont là pour recruter, même si ce n’est que pour un stage dans la plupart des cas. A regarder la brochure de plus près, beaucoup d’entreprises présentes n’ont même pas de postes à pourvoir.

« Les entreprises viennent faire de la communication, elles n’ont pas de propositions concrètes à nous faire, pas de postes à proposer», déplore Nikos Papalabros, 29 ans, étudiant en génie civil. « On se demande s’ils ne viennent pas juste voir à quel point nous sommes désespérés. »

« Les jeunes diplômés seraient mieux payés dans une start-up »

Les jeunes diplômés n’ont peut-être pas les bons réflexes. Dans le coin des start-ups, Alex Trimis, cofondateur de la start-up Dopios, se sent un peu seul. Il cherche à embaucher un designer à plein temps et trois stagiaires pour l’été, mais les étudiants ne se précipitent pas sur son stand. « Les jeunes préfèrent se diriger vers des grands groupes, ils cherchent la stabilité. Pourtant ils seraient beaucoup mieux payés dans une start-up ! » Il est revenu en Grèce il y a deux mois, après avoir créé son entreprise aux Etats-Unis, pas par patriotisme mais pour être plus compétitif. « On trouve en Grèce de bons ingénieurs moins chers qu’ailleurs », explique-t-il. Peut-être plus pour longtemps.

Laura MIRET

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