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Sons d’Athènes : 3. Les cliquetis du chariot d’Haroun

Chroniques à la première personne d’Athènes à travers ses bruits : grabuge, commérages, détonations, qu’en dira-t-on ou cris.

Troisième opus, les chariots (oui, oui, ceux des supermarchés). Ils ont envahi le centre-ville d’Athènes, poussés par des migrants qui récoltent de la ferraille dans les poubelles pour espérer gagner quelques euros.

Haroun est l’un de ces migrants. Embarquez dans son caddie, pour une balade en sons et en mots. Attention, pour écouter les différents sons, cliquez sur les liens hyper-textes en gras ci-dessous :

Haroun, 35 ans, arpente les rues d’Athènes toute la journée pour remplir son chariot d’objets trouvés dans les poubelles.          (Photo CFJ/C.F.)

La capitale grecque serait-elle devenue un supermarché à ciel ouvert ?

Depuis une paire d’années, des centaines de caddies poussés par des immigrés battent le pavé athénien, comblant par leurs bourdonnements le vide laissé par les klaxons taiseux*. Haroun, débarqué du Bangladesh depuis à peine six mois, parcourt les rues du quartier d’Exarchia, au nord-est de la ville, au rythme des rutilements de son chariot. Tantôt sourds, tantôt bruyants selon l’état de la chaussée. A quoi s’ajoutent les bruits de ce que glane le trentenaire dans les poubelles. Les «frrt frrtt» des cartons, les grelots des canettes au milieu des sacs en plastique ou le « dong » d’un manche à balai qu’Haroun bazarde dans le chariot. Au milieu des bouts de ferraille et des vieux appareils électroménagers. Au fil de la journée, les objets dézingués s’empilent dans son caddie, au fond duquel Haroun a consciencieusement étalé un journal pour étouffer les fracas de ces trouvailles. Il les échangera contre bien peu de pièces sonnantes et trébuchantes : pas plus de vingt-centimes d’euros pour un kilo de métal revendu aux ferrailleurs, assure-t-il dans un anglais hésitant.

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Alors il faut marcher vite, sans s’accorder de pause avant d’avoir rempli le caddie à ras-bord. Ne pas tomber des trottoirs étroits de la rue Valtetsiou, éviter les nombreuses voitures de l’artère Solonos. Une fois le charriot plein alors, seulement, Haroun le cadenasse soigneusement  à un arbre et s’accorde une pause. Le Bengladais sort alors deux cigarettes de sa poche, m’en tend une avec un grand sourire. Je n’ose pas la refuser et l’observe en silence savourer son repos mérité. Cheveux poivres et sels, traits tirés, on lui donnerait vingt ans de plus malgré son air gouailleur. Gentiment invitée à le quitter à grands renforts de gestes et de sourires gênés, je m’éloigne en le remerciant. Et la rue Themistokleous me semble alors bien silencieuse.

Clémence FULLEDA

Voir la chronique sur The Parthenon Post: «Son d’Athènes 1. : Mais où sont les klaxons ?»

Lire également sur l’express.fr : Athènes et ses ferrailleurs  

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