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Pour les patrons, «l’Europe et la Grèce doivent changer de stratégie»

Le patron de la Fédération des industries grecques (l’équivalent du Medef en Grèce), Dimitri Daskalopoulos, a rappelé mercredi 3 avril, que les mesures d’austérité imposées par l’Europe s’attachent trop au court-terme.

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Malgré les mesures d’austérité imposées par l’Europe, Dimitri Daskalopoulos (au centre) reste attaché à l’Union européenne.           (photo CFJ/M.B.)

Dimitri Daskalopoulos est un homme pressé. Cette semaine, avec la venue de la Troïka (représentants de la Banque centrale européenne, du Fonds monétaire international et de la Commission européenne), son emploi du temps est plutôt chargé. Invité mercredi 3 avril, au siège de l’Union des journalistes, à Athènes, pour donner une conférence de presse, il arrive pile à l’heure. Après un discours d’une vingtaine de minutes retransmis en direct à la télévision grecque, il a répondu aux questions des journalistes présents. Et à la fin, il a accordé un entretien au Parthenon Post.

 

« Avant  la venue de la Troïka le 5 avril, quelle est la position de la Fédération des industries grecques par rapport au mémorandum pour la Grèce, décidé par l’Union Européenne ?

- Dimitri Daskalopoulos. Ce n’est pas l’implication de l’Europe dans la politique grecque qui nous pose problème, mais le mémorandum en lui-même. C’est lui qui est la cause de l’austérité en Grèce. Les gens souffrent à cause des mesures imposées par ce programme, qui nous impose de rentrer dans les critères de Maastricht coûte que coûte, et peu importe les conséquences sociales ! Ça ne peut pas durer. On ne peut pas regarder uniquement les chiffres, sans se préoccuper des conséquences sur la population.

- Comment pouvez-vous inverser cette tendance ?

- L’Europe et le gouvernement grec doivent changer leur fusil d’épaule. C’est ça notre message. Le mémorandum nous impose une vision à court terme. On ne fait que se demander si on va pouvoir remplir les objectifs d’un mois sur l’autre. Certes, c’est important, mais il faut maintenant mettre l’accent sur le long terme. On pourrait ajouter des perspectives de croissance, par exemple. C’est le moment de regarder plus loin. Impérativement.

« L’Europe s’est éloignée de son idée de base »

- Hormis la politique d’austérité, quelles sont les autres solutions à la disposition de la Grèce pour sortir de la crise ?

- La Grèce a toujours été un petit pays, situé en périphérie de l’Europe et plutôt isolé de ses partenaires. Même avec des ressources aussi limitées, on a fait partie des trente pays les plus riches du monde avant la crise. Ça veut donc dire que nous avons beaucoup d’atouts à faire valoir : du capital humain, des idées et beaucoup d’esprit entrepreneurial. Des choses qu’on a délaissées pour se focaliser sur les finances publiques. D’où la nécessité de changer de stratégie dès cette année. Quand nous aurons un peu plus d’espoir et de certitudes à moyen terme, la Grèce pourra redevenir prospère.

- Aujourd’hui, c’est donc l’Europe qui vous impose cette vision à court terme. Faites-vous encore confiance à l’Union européenne ?

- L’Europe s’est éloignée de son idée de base, qui était d’instaurer une certaine solidarité entre les pays. Aujourd’hui, sa position sur les marchés n’est plus aussi importante qu’avant. La décision prise pour Chypre est aussi un pas en arrière. Mais j’aime penser que tous les citoyens d’Europe croient au rêve européen. Donc on ne peut que regarder vers l’avant et parler d’unité renforcée. J’espère que ce qu’on voit aujourd’hui en Europe n’est que temporaire. Mais j’ai confiance en la construction européenne. »

Propos recueillis par Martin BOURDIN

 

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