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Le tennis grec : OUT !

Les fanatiques de la petite balle jaune se sont peut-être déjà demandé pourquoi la Grèce n’existe pas sur la planète tennis. Pour les acteurs de ce sport à Athènes, le responsable est tout trouvé : la Fédération nationale.

Quitte à tomber dans la caricature, autant l’annoncer tout de suite : la plupart des clichés sur la Grèce sont renforcés par la situation du tennis hellénique. Organisation défaillante, oisiveté assumée, magouilles en tout genre… Que fait la Fédération grecque de tennis, qui gère environ deux cents clubs ?

« Elle a laissé le tennis grec dans la nature ! », s’insurge Nicolas Kelaidis, ex-entraîneur national à la Fédération française et ancien responsable du haut niveau en Grèce. Recruté en 1998 pour mettre en place un système de formation digne de ce nom pour les jeunes talents du pays, M. Kelaidis claque la porte quatre ans plus tard. « Je ne pouvais plus fonctionner : ça faisait près de deux ans que je n’étais pas payé ! Je ne voulais pas abandonner les jeunes, alors j’ai tenu pendant tout ce temps. Mais j’ai été obligé d’aller jusqu’au procès pour obtenir gain de cause. »

Le président de la Fédération hellénique de tennis, Spiros Zanias, se contente de répondre que « le réseau d’entraîneurs qui avait été créé était trop cher », et que « les résultats du projet n’étaient pas conformes à nos attentes ».

Selon Nicolas Kelaidis, un coach reconnu dans toute l’Europe, qui continue d’enseigner le tennis en Grèce et œuvre au développement de ce sport dans une dizaine de pays, il suffirait d’« une décennie pour voir émerger de très bons joueurs en Grèce. Mais il n’y a aucune structure pour que cela arrive, ni pour les joueurs amateurs, ni pour les pros ». Résultat, le meilleur joueur grec pointe actuellement au 388e rang mondial…

La fédération grecque aux abonnés absents (photo CFJ/J.N)

Côté formation des jeunes, la Fédération grecque reste aux abonnés absents.
(photo CFJ/J.N.)

Le président Spiros Zanias s’exonère de toutes responsabilité : « En Grèce, une carrière de joueur professionnel n’est pas compatible avec la scolarité, en raison de problèmes insurmontables. Par exemple, les meilleurs athlètes grecs doivent être éloignés de l’école à 15 ans, pendant vingt semaines par an, justifie-t-il sans convaincre. Ils doivent donc choisir entre le sport et les études très tôt. C’est pourquoi de nombreux joueurs talentueux ont quitté le tennis à 16 ans pour préparer les examens d’entrée à l’université. »

Si elle ne forme pas de joueurs, à quoi sert la Fédération ? « Seulement à organiser six à huit tournois jeunes chaque année, témoigne Nicolas Kelaidis. Elle compte une trentaine d’employés mais, vu le travail effectué, il en suffirait de deux… » Il est vrai que son site internet, par exemple, n’a plus été actualisé depuis des lustres.

Une Fédération qui « n’en a que le nom »

Pour en savoir davantage, direction le prestigieux Athens Lawn Tennis Club (ALTC), situé à deux pas du temple de Zeus, au centre d’Athènes. C’est l’un des plus vieux au monde puisqu’il a été fondé en 1895 pour accueillir, un an plus tard, les premiers Jeux Olympiques modernes. En 2013, pas un jeune joueur à l’horizon. Seuls de vieux et riches hommes d’affaires, banquiers et autres ministres, fréquentent ce club huppé. Un résumé du paysage tennistique grec. D’ailleurs, la coqueluche du club, Konstantinos Effraimoglou, est le numéro un mondial… des vétérans de plus de 50 ans !

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Le Athens Lawn Tennis Club, fondé en 1895, est l’un des plus vieux du monde. (photo CFJ/N.P.)

Attablé au très cosy restaurant qui surplombe les courts en terre battue, Alexandros Zafiropoulos, le seul moniteur permanent du ATLC, est dépité : « Les gens de la Fédération craignaient que, avec le recrutement de Kelaidis, l’argent n’aille plus dans leurs poches mais dans le financement de la formation, des infrastructures, etc. Malheureusement, il y a beaucoup d’individualisme en Grèce. » 

Même son de cloche du côté de Panos Kambadelis, la cinquantaine bedonnante, membre du club depuis quinze ans : « Coach Kelaidis souhaitait vraiment développer le tennis en Grèce. Le problème est que plusieurs personnes, à la Fédération, étaient contre lui, jaloux de ses attributions ; ils avaient peur de devenir des marionnettes, regrette-t-il en sirotant sa bière. On voyait une petite lumière au bout du tunnel, et puis tout a été détruit. »

Pour Panos Kambadelis, cette Fédération « n’en a que le nom ». Spiros Zanias, systématiquement réélu président depuis une vingtaine d’années, fait figure de cible à abattre pour ses détracteurs, qui semblent nombreux. Au début du siècle, il a fait voter une loi étonnante : elle interdit le recrutement, par l’institution qu’il préside, de personnes ayant exercé auparavant une activité rémunérée liée au tennis. « Lui-même n’a jamais tenu une raquette de tennis de sa vie », ironise Nicolas Kelaidis. Le président confirme : « En parallèle de mon poste, je suis ingénieur civil diplômé depuis 1977. » Une double casquette inimaginable dans les pays où le tennis est populaire et développé.

Enfin à propos d’autres critiques plus graves, notamment concernant le déroulement des élections fédérales, M. Zanias menace : « Que ceux qui m’accusent se fassent connaître pour en subir les conséquences. » Enfin un bon coup droit.

Julien NÉNY et Nicolas PELLETIER

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One Comment

  1. Bravo Julien!! Hope you had a good stay in Greece.