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Grève et censure dans l’audiovisuel public

Depuis la crise, la situation des journalistes a changé dans l’audiovisuel grec. Moins payés, moins nombreux et plus contrôlés… Les grèves se multiplient.

L'entreprise audiovisuelle grecque ERT (le "R" s'écrit "P" en grec) a été créé en 1938 (Crédit ERT)

La Radio Télévision publique grecque, l’ERT (le R s’écrit P en grec) a été créé en 1938. (Crédit ERT)

Nikos Grillakis est journaliste depuis trente ans à l’ERT (Radio Télévision Hellénique). Fin mars,  son reportage concernant la prochaine hausse des prix de l’électricité en Grèce a été interdit d’antenne, après une première diffusion.

Le journaliste, par ailleurs représentant syndical de la télévision publique auprès de l’Union de la Presse Athénienne (JUADN), ne tient cependant pas à s’exprimer davantage sur le sujet. Il affirme que le conflit s’est réglé à l’amiable, après un mouvement solidaire de grève de plusieurs journalistes.

La direction de la chaîne a en effet présenté ses excuses à Nikos Grillakis, lundi 1er avril. Cette dernière n’était pas, selon des journalistes de la chaîne, opposée à la diffusion de ce reportage. L’ordre serait venu du ministère de l’Energie.

« La censure intervient beaucoup plus rarement sur le service public que dans les télévisions privées, où certains dirigeants possèdent des liens importants avec des hommes d’Etat », selon un journaliste chevronné d’ERT qui ne tient cependant pas à être cité.

Le Secrétariat général de l’Information, sorte de ministère de la presse et de la communication, répète pourtant officiellement qu’il met tout en œuvre pour « assurer la liberté de la presse en Grèce ».

Ministre et porte-parole

Le porte-parole du gouvernement Simos Kedikoglou (à g.) affirme que la liberté de la presse est respectée en Grèce           (Photo CFJ/T.S)

Deux journalistes présentateurs de la chaîne publique avaient néanmoins été suspendus en octobre dernier. Ils avaient interpellé le ministre de l’Intérieur sur des actes de tortures perpétrés par la police sur des militants antifascistes, après leur arrestation lors d’une manifestation.

Les journalistes de l’ERT en grève depuis fin février

Depuis fin février, il règne un climat de tension au sein de la chaîne pour une toute autre raison : les journalistes, de la radio comme à la télévision, qui viennent travailler le week-end sont désormais payés au tarif normal d’une journée de semaine. Résultat, il n’y a plus de rendez-vous d’information depuis cinq week-ends. Une assemblée générale devait se tenir vendredi 5 avril sur la reconduite ou non du préavis de grève.

« C’est dommageable pour l’image de la chaîne et celle des journalistes. Mais, avec cette mesure, ajoutée à la baisse continue des salaires depuis quatre ans, la situation n’est plus tenable, explique Nikos Grillakis. Contrairement aux chaînes privées, nous n’avons aucun problème pour poser un préavis de grève, nous n’allons donc pas nous en priver. » L’année dernière, l’Union de la Presse Athénienne, qui regroupe 5700 journalistes, a recensé plus de 370 mouvements de grève tous médias confondus, le service public arrivant en tête.

Une grève qui s’étend au-delà des week-ends

Lundi 1er avril, toujours pas de trace à l’antenne de l’émission 136 (du nom du numéro de l’immeuble où elle est enregistrée), programme phare constitué de de talk-shows et normalement diffusé quotidiennement à 18h30, sur la 1ère chaîne d’ERT. La raison ? Pas de salaire, ou très peu, pour les journalistes et techniciens de l’émission. « Dans le même temps, l’ERT fait appel à des intervenants extérieurs comme présentateurs et les paie, eux ! », explique une journaliste de la chaîne.

Le salaire des journalistes de l’ERT a considérablement diminué en quatre ans. Nikos Grillakis gagne aujourd’hui entre 1000€ et 1500€ net par mois, quand il était payé certains mois plus de 5000€ il y a quelques années. « Les salaires ont baissé en moyenne de 40% depuis quatre ans, explique Nicholas Tsimbidas, l’homologue de Nikos Grillatis à la Radio publique. Un autre problème majeur est que, depuis tout juste un mois, les conventions collectives (salaires, statuts…) des journalistes viennent d’être abrogées par décret ministériel. La gestion des CDD et des piges est, du coup, dramatique… On avance sur une corde raide. »

Sur les 5700 journalistes adhérents à la JUADN, plus de 600 sont au chômage, total ou partiel, et 400 d’entre eux ne perçoivent plus leurs allocations depuis plusieurs mois, faute d’argent dans les caisses.

La redevance télé n’est que de 25 euros

Une des solutions pour remettre de l’huile dans les rouages du service public serait, par exemple, d’augmenter la redevance audiovisuelle. Elle n’est que de 25 euros à peine en Grèce, alors qu’en France elle pointe à plus de 130. Mais, pour Nikos Grillakis, « il n’est pour l’instant pas question que le gouvernement augmente la redevance. Une taxe de plus qui, en temps de crise, serait très mal perçue par les Grecs ».

Loïc DEFIVES

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