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Olympiakos et Panathinaïkos, les frères ennemis (1/2)

Depuis bientôt 90 ans, le sport divise la mégalopole athénienne. D’un côté les Rouges de l’Olympiakos, de l’autre les Verts du Panathinaïkos. Plus que de simples rivaux, ces deux clubs génèrent des sentiments aux confins de la haine.

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Le prochain derby entre le Panathinaïkos (écusson vert) et l’Olympiakos aura lieu le 14 avril, au Pirée. (photo CFJ/M.B. – montage Barthélémy Lagneau)

A la mi-temps de la rencontre entre l’Olympiakos le Pirée et le PAOK Salonique, dimanche 31 mars, le spectacle se déplace en tribune de presse. Excédé, un supporter du club portuaire grimpe sur un pupitre et s’acharne sur un journaliste. Ce dernier porte un maillot vert, celui du Panathinaïkos. Celui que les fans de l’Olympiakos ne veulent pas voir dans leur stade. La sécurité n’est pas loin mais personne n’intervient. Et pour cause : « S’ils bougent, les fans vont penser qu’ils défendent le Pana, explique Panos Theodorokopoulos, journaliste spécialisé pour le site Postgame. Et là, ça peut être vraiment dangereux pour eux. »

Ça fait bientôt neuf décennies que les deux clubs se tirent la bourre sur la scène nationale, en football mais aussi en basket, en volley ou encore en water-polo. En foot, l’Olympiakos a remporté 40 titres de champions, contre « seulement » 26 pour le Panathinaïkos. Comme partout, les deux géants d’une capitale se détestent. Ici, on sent comme une haine qui serait l’essence même de leur existence.

Quand l’Olympiakos voit le jour, en 1925, le Panathinaïkos existe depuis dix-sept ans. « A l’origine, les supporters de l’Olympiakos sont issus de la classe ouvrière, rappelle Panos Theodorokopoulos. Ils travaillaient au port et le club était à l’image des supporters. Ils voulaient s’opposer au Pana, qui était le club d’Athènes, le club des riches. »

Une rivalité aux relents de lutte des classes

« Nous sommes le club du peuple, de la démocratie », ajoute Iannis, supporter de l’Olympiakos de 38 ans, tranquillement installé à la terrasse du Red Café, le bar des supporters du club. Avec sa casquette, ses lunettes, son pull et ses chaussures rouges, il affiche clairement son attachement au Pirée. Et le discours colle parfaitement avec son look : « Le Pana, c’est le club du capitalisme, des plus riches, confirme-t-il. Pendant l’occupation allemande, ils ont organisé un match amical contre une équipe de SS. C’est dingue de supporter un club comme celui-là. »

Dans les tribunes, les fumigènes sont interdits. Et pourtant...

Dans les tribunes du stade de l’Olympiakos, les fumigènes sont interdits. Et pourtant… (photo CFJ/M.B.)

Même si les supporters en parlent, les fondements politiques de cette rivalité sont aujourd’hui beaucoup moins importants, confie Panos Theodorokopoulos : « Dans les stades, on rencontre des gens de droite, de gauche, des anarchistes… L’appartenance politique n’est plus un facteur d’identification à un club. » Certains supporters le reconnaissent d’ailleurs : les deux entités se ressemblent. « Il y a quelques années, l’Olympiakos a acheté des joueurs de renom comme Christian Karembeu, Rivaldo ou Yaya Touré, avance Nikos, supporter de l’Olympiakos. Ils ont attiré beaucoup de supporters car le spectacle proposé était meilleur. Le Panathinaïkos a dû faire pareil pour continuer à pouvoir rivaliser. Les deux clubs véhiculent donc plus ou moins les mêmes valeurs désormais. »

Si la rivalité entre les deux est toujours aussi forte, c’est parce que le Panathinaïkos comme l’Olympiakos sont deux grandes familles, qui ne peuvent pas se voir. Un peu comme les Capulet et les Montaigu dans Roméo & Juliette, sans l’histoire d’amour. Parce que, chez les Verts ou chez les Rouges, être supporter est un héritage transmis par les parents. Alors forcément, les exploits du passé, les moments forts de leur rivalité, même les plus jeunes les connaissent.

« Si on gagne le derby, on aura fait une saison correcte »

Comme ce 8-2 infligé à l’Olympiakos en 1930. « Encore aujourd’hui, les fans du Pana commémorent cet événement par des sortes de funérailles, comme s’il y avait eu un mort », rigole un supporter des Verts. Mais le sourire s’efface très vite lorsque sont évoqués des événements plus tragiques, tels que la mort de Mihalis Filipoulos. En 2007, ce supporter du Pana de 22 ans avait été poignardé par des fans du Pirée. Le genre de tragédie qui attise les tensions jusqu’à l’extrême entre les supporters.

« Le sport est un reflet de la société, rappelle Panos Theodoropoulos. Or, avec la crise, les gens sont beaucoup plus agressifs. Et on le retrouve dans les enceintes sportives, surtout en volley. Les gens sont beaucoup plus violents qu’avant. » Du coup, encore maintenant, la ville est coupée en deux.

Elle le  sera d’autant plus la semaine prochaine, derby oblige. Pourtant, le Championnat est déjà joué : l’Olympiakos est le champion de Grèce 2013. Les Verts, eux, pointent à la sixième place du classement et accusent 35 points de retard sur le leader. « Mais si on gagne le derby le 14 avril, on aura fait une saison correcte », relativise un fan du Pana.

Du côté du port, on ne se réjouit pas non plus de la mauvaise saison des ennemis athéniens : « On a besoin du Pana pour avoir une bonne équipe. Et puis, s’ils sont nuls, on ne peut pas les charrier, rigole Iannis, l’homme tout de rouge vêtu. Mais on ne les laissera pas gagner. » Question d’honneur ou de haine ?

 Martin BOURDIN

 

 

 

 

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