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Le vin grec traverse les frontières

La culture viticole grecque est en essor, malgré la crise. Elle repose sur une nouvelle génération de vignerons, qui rend peu à peu ses lettres de noblesse à la longue tradition du vin, avec promotion sur la scène internationale. 

 

Apostolos Thimiopoulos du domaine Thimiopoulos, Kostis Dalamara du vignoble Dalamara et Markos Markovitis de Chateau Pegasus partagent leur passion pour le vin depuis plusieurs années.

Apostolos Thimiopoulos, Kostis Dalamara et Markos Markovitis partagent leur passion pour le vin depuis plusieurs années. (photo CFJ/M.A.D. et G.K.)

C’est le printemps à Naoussa, au nord de la Grèce, même si la bruine laisse la terre glissante, trempée et froide. La boue pâteuse reste en croûte sous les chaussures. Environ 17 vignerons y cultivent leurs terres, dont Apostolos Thymiopolos, 34 ans, Markos Markovitis, 31 ans, et Kostis Dalamara, 27 ans. Trois amis, collègues et concurrents à la fois. Mais, comme dit Kostis Dalamara : « Ce qui est important, c’est notre région. Si Naoussa va bien, nous allons bien aussi. »

Exporter pour mieux se porter

Pour Markus Stolz, blogueur, spécialiste et promoteur de vin grec à l’étranger, les affaires des trois vignerons fonctionnent bien parce qu’ils ont choisi d’exporter leur vin, alors qu’avant, en Grèce, on produisait plutôt pour une consommation personnelle. Selon lui, même si la tradition du vin existe en Grèce depuis des millénaires, la première fois qu’une cuvée a été embouteillée, c’était dans les années 1960. Mais aujourd’hui, ajoute-t-il, « le marché local est mort ».

Sur les 700 producteurs de vin grec, entre 85 et 90% des vignerons vendent leurs produits sur le territoire hellénique. Depuis le début de la crise en 2009, ils ont perdu plus de la moitié de leurs parts de marché. La consommation ayant considérablement diminué, certains producteurs sont contraints à vendre leurs bouteilles à des prix dérisoires.

Les trois vignerons de Naoussa font partie de ceux qui exportent. Apostolos Thymiopolos commercialise à l’étranger jusqu’à 97% de ses 100 000 bouteilles produites annuellement. Il vient tout juste de rentrer d’un voyage aux États-Unis, là où son marché est le plus vaste.

L’exportation n’est pas l’unique facteur de succès de ces trois entrepreneurs dynamiques et innovateurs. Héritiers de domaines prestigieux en Grèce, ils ont étudié l’oenologie, s’entraident et réunissent les producteurs de leur région pour faire de Naoussa une référence mondiale. Ils sont convaincus que, pour réussir, il faut surtout miser sur le commerce extérieur.

Pour Markos Markovitis, l’erreur est de compter sur le gouvernement pour relancer la production viticole : « Si tu veux être un producteur de vin, il faut te débrouiller seul. C’est comme ça au XXIe siècle. On avait des programmes de financement en Grèce pour planter de nouvelles vignes mais, en même temps, on te donnait de l’argent pour les supprimer, ajoute-t-il avec ironie. La Grèce est complètement surréaliste ! »

Formés dans différents pays – Kostis en France, Markos en Allemagne et Apostolos à Athènes -, ils sont rentrés à Naoussa pour prendre en charge les vignobles bios de leurs familles respectives. Chacun avec leurs idées propres et une envie profonde d’expérimenter, de développer et de raffiner leurs produits.

L’or rouge de Naoussa

Dans la cave du domaine Chateau Pegasus, Markos goûte et partage fièrement sa dernière cuvée avec Kostis et Apostolos. Flac, flac , les dernières gorgées sont vivement jetées, avant que le verre accueille un autre vin.

Les paumes des mains tournées vers le haut, ils tiennent délicatement leur coupe, faisant tournoyer d’un mouvement précis le liquide bordeaux sur la parois du verre. Apostolos Thymiopoulos laisse son nez glisser sur le bord, tout en humant le tannin et la puissance. Le goût unique du Xinomavro remplit la bouche d’une senteur d’été, de chaleur et de baies rouges. Ce cépage local porte, selon les importateurs, la promesse des grands vins.

Du vin dans les veines

Même si le vin grec n’est pas très réputé dans le monde, le pays a une longue tradition viticole. Selon Markus Stolz, c’est la nouvelle génération qui fera évoluer cette industrie en Grèce : « La jeune génération est vraiment intéressée par le vin. Elle est prête  à expérimenter et à collaborer. Il ne s’agit pas de promouvoir seulement un vignoble, mais plutôt une région, et ils l’ont compris. »

Markus Stolz prédit un futur prometteur pour le vin grec : « L’exportation qui a lieu depuis les dernières années n’est qu’un début. » D’origine allemande, M. Stolz est établi en Grèce depuis environ huit ans, avec sa femme et ses quatre enfants. Sa passion pour le vin grec est passée d’un hobby au statut professionnel.

« J’ai été frappé par le nombre de variétés de vin en Grèce, et la qualité ne cesse d’augmenter », affirme-t-il. Pourtant, ce qu’on écrivait à propos du vin grec était peu flatteur. C’est pour cette raison qu’il a décidé d’éduquer les gens en organisant des dégustations et en promouvant le vin à l’étranger.

« Le potentiel est immense ! », s’exclame-t-il. L’innovation et la volonté de la nouvelle génération marque le début d’un secteur en effervescence.

 Marie-Anne DAYÉ et Gerd KIEFFER, à Naoussa 

New Wines of Greece

L’organisation interprofessionnelle nationale du Vignoble et du Vin de la Grèce a lancé un projet qui accompagne les producteurs dans leur plan marketing. New Wines of Greece se fonde sur la promotion de cépages tels qu’Assyrtiko, Moschofilero, Néméa et Xinomavro, vante le label eco-friendly, les vins dessert, les vins récompensés et les découvertes. Markus Stolz n’approuve pas toutes les pratiques de ce « Master Plan », qui a investi beaucoup d’argent pour cette promotion, mais il pense que cela a certainement « amélioré l’image du vin grec ».

Le bio fait-il la réputation?

La plupart des vins grecs sont cultivés de façon biologique. Dalamara, Thimiopoulos et Chateau Pegasus possèdent la certification officielle, mais les producteurs ne se basent pas nécessairement sur cette qualité pour vanter leurs étiquettes. Selon Markus Stolz, le label biologique peut pousser la vente, mais ce qui compte, c’est la qualité du produit et  le caractère propre à chaque vignoble. L’aspect bio est plutôt un complément à tous ces critères.

« Si on n’était pas bio, on n’aurait aucune chance et nos marchés extérieurs se ficheraient de nous », défend Markos Markovitis, dont le père fut le premier vigneron à obtenir la certification bio. Quant à Kostis Dalamara, il pense que cette dernière n’est pas nécessaire : « Il faut du temps et de l’argent pour obtenir ce certificat. Il y a des choses bien plus importantes, comme par exemple la qualité constante et le goût. » 

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