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Jeunesse grecque: une crise, un rêve et ça repart (2/2)

Avec la crise, certains jeunes Grecs décident de donner un sens nouveau à leur vie en réalisant leur rêve. A l’image de Spiros, qui a tout abandonné pour plonger.

Perché sur les hauteurs de Castella, à une petite demie-heure d’Athènes, le club de plongée Mediterranean Dive Center ouvre ses portes. Une pile de masques et de palmes s’amoncelle dans l’entrée, la journée peut commencer. Sur la terrasse, Spiros Sakellariou, 33 ans, café frappé à la main et Ray-ban vissées sur le nez, redonne un coup d’air dans les bouteilles de plongée.

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Spiros Sakellariou derrière le comptoir du club de plongée de Castella. (photo CFJ/M.G.L)

« C’est de la faute de Luc Besson, tout ce qu’il m’arrive ! », confie-t-il hilare. Bouleversé par le film  le Grand Bleu alors qu’il n’avait pas 7 ans, Spyros grandit avec un rêve en tête : ouvrir son club de plongée et vivre comme Jacques Mayol, son idole.

En 2009, alors qu’il travaille comme conseiller en télécommunication, dans la boutique Wind, à Athènes, la crise vient frapper la société grecque de plein fouet. Licenciements à la pelle, coupe dans les salaires… Dans les années qui suivent, l’ambiance devient insoutenable pour cet amoureux de la mer qui se morfond dans sa vie citadine.

Éternel optimiste, il y voit un signe du destin. Alors sans hésiter, en 2012 il démissionne et planche sur son business plan. Après avoir fait le tour de ses proches, auxquels il emprunte de petites sommes, il vend son vélo et saute dans un ferry : direction Folégandros.

Cette petite île préservée des Cyclades est le spot rêvé pour s’installer. « Je me suis associé avec Dimitris, un ami. Nous avons chacun mis de l’argent. 40 000 euros en tout pour monter l’affaire. L’avantage c’est qu’on avait déjà un bateau. » En octobre dernier, Spiros boucle sa première saison, plutôt satisfait. « Je sais que ça va prendre du temps, nous sommes quatre dans le club et nous faisons en moyenne deux plongées par jour que nous facturons 50 euros », explique t-il, souriant.

Marqué par l’instabilité politique, l’été dernier n’a pas attiré le nombre de touristes espéré. Mais Spiros se rassure, les prévisions pour la saison prochaine s’annoncent, selon lui, plus roses.

« Je n’avais plus rien à perdre »

Le reste de l’année, ce jeune Athénien d’origine donne un coup de main au club de plongée de Castella pour se faire un peu d’argent. Mais à Athènes, le travail est une denrée rare. Alors l’an prochain, il pense aller prospecter du côté de la mer Rouge.

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Spiros Sakellariou donne un coup de main au club de plongée de Castella, avant de repartir pour Folégandros.                (photo CFJ/M.G.L.)

Quitter la Grèce est un crève-cœur mais s’il n’a pas le choix, il le fera. Tout comme l’ont fait de nombreux jeunes Grecs. « Sur mes sept meilleurs copains, cinq travaillent à l’étranger. C’est vrai que la situation n’est vraiment pas facile pour nous les jeunes, mais il faut savoir agir au bon moment. La crise m’a donné l’opportunité de changer ma vie. Je n’avais plus rien à perdre de toute façon ! » explique-t-il, tout sourire, en sirotant son café.

A ses yeux, les Grecs, indociles aux lois, sont l’un des problèmes de la Grèce. « Personne n’a confiance dans le gouvernement. Mais peu d’entre nous essayent de changer la situation. Regardez les jeunes du quartier d’Exarcheia à Athènes, ils ne font que se rebeller et critiquer le système mais ils ne font rien pour que les choses bougent », regrette-t-il, amer.

Agir est son credo. L’argent n’est pas sa priorité, la mer seule est sa passion. A 33 ans, heureux de pouvoir enfin faire ce qu’il aime, Spiros avance sans regrets ni angoisses. « Ca se finira peut-être mal, mais, au moins, j’aurais essayé. ».

Marie GARREAU DE LABARRE

 

 

 

 

 

 

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