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Immersion parmi les ultras du Panathinaïkos (2/2)

 Très secrets et toujours fervents, les membres de la « Gate 13 » supportent le plus grand club d’Athènes, en passant d’un sport à l’autre. Ils ont exceptionnellement accepté de nous ouvrir leur « porte 13 ».

 

Nationalistes, antifas et neutres, la Gate 13 rassemble plusieurs lignes politiques. (photo CFJ/Gate 13)

Appel masqué : « Avancez vers la voiture blanche et entrez. Vite. » La caisse démarre, le trio véhiculé est rodé. Vassilis se charge de surveiller le trottoir droit, Pandelis, celui de gauche, tandis que le conducteur scrute le rétro sans cesse. Méfiance et tension. On craint le guet-apens, l’affrontement avec les rivaux voisins de l’AEK, autre équipe de la ville. Toute personne vêtue de jaune ou de rouge est une menace potentielle. Ainsi va la vie des ultras du Panathinaikos, inconditionnels supporters du club vert d’Athènes.

« Pas de photo, pas de vidéo, rien »

Il est 16 heures, direction la salle Makis Liougas. A leur programme, un match de volley-ball masculin. « Pour nous, il n’y a pas que le foot, nous supportons toutes les sections du PAO, qu’il s’agisse de basket, de volley et même de water-polo », prévient Lambros, visage fermé, lunettes carrées et sweat à capuche du Pana sur les épaules.

Arrivés à proximité du stade, on comprend mieux. Les rues avoisinantes résonnent déjà au son des Trifilis. Avoir déjà assisté à un match de volley-ball en France suffit pour saisir qu’ici, c’est un autre monde.

A l’entrée, une espèce de physionomiste non-officiel, taillé comme une armoire à glace, joue le rôle de filtre. Il nous scrute, sceptique. Lambros hoche la tête pour faire comprendre que nous sommes avec lui. Le géant s’écarte et nous laisse rejoindre la tribune ; lorsque l’on est ultra au volley, on ne paye pas son ticket, le club connaît trop la valeur ajoutée qu’apportent ces aficionados. Notre accompagnateur se charge de rassurer ses camarades à propos de notre présence. Il nous avait dit avant d’entrer : « Vous n’aurez pas de problèmes avec moi, mais les consignes sont claires : pas de photo, pas de vidéo, rien. »

Au cas où l’on aurait raté l’actu des trois dernières années, la vétusté du lieu rappelle que le pays est en crise. Une fenêtre sur trois est brisée. Pour le plan de rénovation, prière de repasser. La salle est minuscule, à peine plus grande que le gymnase du collège Jules-Ferry. Ça fume des joints dans les coins et ça chante partout. Ils sont entre 400 et 500, sautent sur place et font trembler les gradins.

Sur le terrain, c’est moins festif. « On est nuls », soupire Stelios, un colosse de 100 kilos au bas mot. L’équipe de volley du Pana est avant-dernière de son Championnat et lutte pour ne pas descendre en deuxième Division. Le ballon file parfois entre les doigts, un service sur deux est manqué. En moins d’une heure, l’équipe adverse mène 2 manches à 0, à un set de la victoire.

Fumigènes et philologie 

Le chef de la tribune prend alors les choses en main et harangue sa foule verte. A l’unisson, le kop entonne un chant guerrier pour galvaniser les joueurs. Même les ramasseurs de balles ne peuvent s’empêcher de remuer les lèvres. On identifie un mot scandé avec insistance « Guerra ! Guerra ! » Lambros joue les traducteurs : « Puissance ! Puissance ! » C’est l’air entonné lorsque les joueurs du PAO (l’acronyme du Panathinaïkos) sont en mauvaise posture.

Et ça marche ! Alors qu’ils sont assurément moins forts, les Vert et Blanc remontent lentement leur retard. A la baguette, un gosse de 19 ans, Thanasis Protopsaltis. Cet enfant du club offre un récital dans les 3 sets suivants, lui qui était tétanisé en début de match. Improbable, le Pana l’emporte (3-2). Les joueurs communient avec la Gate 13 (prononcez « sira decatria »). Mais les ultras verts ont déjà la tête ailleurs. C’est que le Panathinaïkos joue de nouveau dans 40 minutes…

Le matin même, des centaines d’autres membres de la Gate 13 se sont rendus à l’autre bout du pays pour soutenir l’équipe de basket féminin. Et, dans moins d’une heure, ce sera au tour du football. C’est ça, le Pana.

Direction le stade Olympique, donc. En chemin, plusieurs fans déplorent de ne plus jouer à l’Apostolos Nikolaidis, leur stade historique situé à deux pas du QG des ultras du PAO. Certains traînent la patte. Le club est sixième d’un Championnat maîtrisé par l’ennemi juré du Pirée, l’Olympiakos. Les Verts n’ont plus vraiment les moyens de faire bonne figure et leur Thiago Silva à eux se nomme… Jean-Alain Boumsong. Tout est dit.

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Beaucoup plus de spectacle en tribune que sur le terrain, au stade olympique (photo CFJ/M.Bourdin)

Plus de la moitié des 71 000 places du stade olympique sont inoccupées. Alors, à l’instar du  match de volley, pour entrer « you don’t need any ticket » (pas besoin de billet). Le stade olympique d’Athènes ressemble à un grand Charléty. Pas le plus adéquat pour créer une ambiance surchauffée. Des fumigènes s’embrasent de ci de là. La gate 13 donne de la voix mais les vibrations des cordes vocales vertes s’envolent dans les nuages. Quelques « malaka » et « putana » descendent des tribunes. On aura appris deux insultes en grec. Pour l’anecdote, le Pana perd 0-1 et Boumsong finit avant-centre. « Quand on joue dans notre vrai stade (sic) ça change tout », peste Lambros.

Comme beaucoup d’ultras, ce qui nourrit Lambros, c’est la nostalgie. Naturellement, il est étudiant en philologie. Loin du cliché du supporter stupide, il pourrait disserter des heures sur l’histoire de son pays. Pour l’heure, tout le monde rentre à la maison. Dernier avertissement pour les passagers de la voiture blanche : « Retirez vos écharpes et vos T-shirt verts. A moins que vous ayez envie de vous battre un peu. »

 Dan PEREZ et Kevin ERKELETYAN

http://www.youtube.com/watch?v=XgE2SQ0iNn8

http://www.youtube.com/watch?v=r-udrNZR7Ro&feature=player_embedded

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