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Ici, Pâques n’a pas eu lieu

Ce dimanche, en Grèce, personne n’a fêté Pâques. Mais rien à voir avec la crise. Depuis 1971, le calendrier des catholiques est calqué sur celui de l’église orthodoxe dominante !

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Malgré un calendrier décalé, par rapport aux restes des catholiques, l’esprit de Pâques habitait forcément les quelques catholiques de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, dimanche 31 mars. (photo CFJ/K.E et D.P)

Onze heure et quart. C’est l’heure de la messe. Mais la cloche n’a pas sonné. Pour tous les catholiques du monde, c’est Pâques, en ce dimanche 31 mars. Mais pas pour ceux d’Athènes. Pas pour la cinquantaine de francophones réunis dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste. C’est encore Carême en Grèce.

Les 200 000 catholiques fêteront Pâques le 5 mai prochain

Très minoritaires dans un pays où l’Eglise orthodoxe n’est pas séparée de l’Etat, les 200 000 catholiques de la péninsule – dont seulement 40 000 Grecs – se sont adaptés. Résignés à fêter la résurrection du Christ en même temps que les autres Grecs, le 5 mai prochain. « C’est normal, que pouvons-nous faire ? La chrétienté doit primer », se réjouit presque le père André, un Grec des Cyclades, qui a participé à créer le centre français.

Le pape Paul VI l’a voulu ainsi en 1971, pour le meilleur et pour le pire. « Un désir de Rome de se rapprocher des orthodoxes », explique le père Maurice, venu de France il y a cinq ans pour officier dans le verbe de Molière. « En 1971, il y avait peu d’étrangers en Grèce », raconte son compère grec. Il fallait donc s’intégrer.

Mais aujourd’hui, la présence catholique (pourtant moins de 2% de la population) agace la quasi-théocratie orthodoxe. « Pour eux, nous sommes des hérétiques, affirme le père André. L’évêque du Pirée nous a frappé d’anathème, il refuse de nous donner la communion. »

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Le père André (à g.) et le père Maurice, deux prêtres catholiques, ici entourés par deux icônes orthodoxes : un symbole d’ouverture vers l’Eglise d’Orient. (photo CFJ/K.E et D.P.)

« Avec la crise, la fierté grecque remonte », estime le père Maurice. Catholique : tête de Turc comme une autre dans ce pays en reconquête d’identité. Préférence nationale et esprit sien. Si les chrétiens sont les croyants les plus persécutés au monde, selon le rapport annuel de l’ONG protestante Portes ouvertes, c’est peut-être aussi parce qu’ils se marginalisent entre eux.

Long gilet gris boutonné (mais seulement vers le haut), écharpe soyeuse rose et sourire discret sans maquillage, la coordinatrice de la catéchèse, Cécile Deleplanque, déplore cette situation : « On sent la fermeture, le non-dialogue. Même pour trouver un emploi. Quand un patron a le choix entre un orthodoxe et un catholique, il prend toujours l’orthodoxe. » Elle reconnaît toutefois que la plupart des Français sont cadres.

Souriants malgré les brimades, les catholiques d’Athènes restent soudés. (photo CFJ/K.E et D.P)

« Il y a peut-être aussi un peu de jalousie vis-à-vis de nous car, s’ils sont majoritaires en Grèce, dans le monde c’est nous qui le sommes », croit deviner avec bonhommie le père Maurice. Cet ancien journaliste à Radio Vatican refuse pourtant de communiquer sur ces bases.

Pour lui, comme pour ses fidèles, c’est l’ouverture qui doit primer. En témoignent ces deux icônes qui tapissent le fond de l’église où Français, Philippins et Africains assistent ensemble à l’office. « Ici, on apprend la réception, beaucoup plus que la projection », résume le jésuite. « Il ne faut pas toujours attendre la réciprocité. Nous, on amène les enfants à l’église orthodoxe pour faire un peu de pédagogie. »

Ces derniers, en tout cas, n’ont pas eu de chocolats. En Grèce, les catholiques entrent en pénitence le jour d’une résurrection.

Kevin ERKELETYAN et Dan PEREZ

 

Portrait de deux pâtres grecs
Le père André est arrivé en 1997. Visage rond, air malicieux, et des yeux d’un bleu cycladique. C’est à Syros qu’il est né et a grandi, avant de débarquer sur le continent. Entré au séminaire en 1961, le père André a dû quitter ces confetti catholiques pour se former en parcourant l’Occident chrétien. Il a étudié la philosophie et la théologie de Rome à Louvain (Belgique), avant de revenir en Grèce, vicaire épiscopal à la cathédrale d’Athènes. Par modestie, le père André ne fait qu’évoquer son engagement pour Caritas, une fondation en faveur des plus démunis qui prodigue soupes populaires, assistance aux sans-abri, ou plus simplement des animations pour les enfants. Une réponse comme une autre à la crise.

Le père Maurice est jésuite également. Il est arrivé dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste après un long parcours autour du globe. Ce Montpelliérain a bourlingué en Afrique et en Asie après être passé par le séminaire à Paray-le-Monial, Lyon et Paris. Un an de retraite monastique, une autre année de journalisme pour Radio Vatican, avant de repartir entre Darfour et Rwanda où sa vie fut mise en danger. Envoyé en Grèce pour « se baigner à la cool », il a découvert un autre bout du monde catholique. Avec sa carrure imposante, son charisme, la douceur des propos aussi, il donne un sens à la paroisse-oasis. Celui qui aime à se définir comme « un fruit de Vatican II », et dit s’être enrichi au contact de l’animisme africain a vécu cette affectation en Grèce comme un retour aux origines.

Floris BRESSY et Arthur de BOUTINY

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