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Athènes en urgences

Médecins débordés, salles d’attentes bondées : au service d’urgence de l’hôpital Sotiria d’Athènes, difficile de ne pas percevoir les conséquences de l’austérité et de l’explosion du chômage. 

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Partout dans les couloirs des urgences de l’hôpital Sotiria, c’est l’attente… (photo CFJ/S.A.)

« Je suis ici depuis une heure et je sais que j’en ai encore pour un bon moment. » Dimitra Mavrokefalou, la trentaine mais les traits fatigués, patiente dans la salle d’attente des urgences de l’hôpital Sotiria, au Nord-Est d’Athènes. La jeune femme est debout. Tous les sièges sont occupés. « Ici, l’attente atteint souvent jusqu’à cinq heures », explique Melochroinidou Myrsini, médecin-interne. « Dans ce pays, où désormais on attend deux heures à la banque, il est devenu normal d’attendre aussi pour sa santé », ironise-t-elle.

Pour canaliser la grande affluence, un système de tickets a été mis en place. On tire un bout de papier chiffré pour connaître son ordre de passage. Mais il absorbe difficilement le flot incessant des ambulances et des taxis. Parfois, comme la veille, la queue s’étire jusqu’à l’extérieur. Devant l’entrée des urgences, fauteuils roulants et brancards se croisent alors dans un brouhaha d’impatience. Les malades sont à bout de nerfs. Près des cendriers pleins à craquer, un quinquagénaire s’énerve, le portable à l’oreille. Dans les couloirs, des patients tentent d’interpeller les médecins, radiographies à la main, dans l’espoir d’un diagnostic.

Masques à oxygènes sans élastique, brancards rouillés…

L’état de la clinique ne met pas plus en confiance. Masques à oxygènes sans élastique, brancards rouillés, fauteuils qui grincent, même les toilettes n’ont pas de papier. Et le temps passe, lentement. Numéros 28, 29, 30… En une heure, le compteur a peu bougé. Un homme, les bras piqués et le regard vide, profite de la file d’attente pour mendier, un test HIV à la main. Les plus découragés repartent chez eux. Peu pourront s’offrir une consultation dans une des cliniques privées du centre d’Athènes. Et dire qu’il y a trois ans, l’Organisation de Coopération et de Développement (OCDE) « comparait favorablement » les résultats obtenus dans le domaine de la santé par la Grèce, avec la moyenne des autres pays développés. C’était en 2009. Depuis, le budget de la santé à baissé de 32%.

Sofia ANASTASIO et Rémi CLEMENT

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