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Du grand journal au Petit Macaron

L’ancienne journaliste Despina Antypa s’est reconvertie en pâtissière, spécialisée dans les macarons, pour assurer la survie de sa famille dans une Grèce en crise. Elle s’est construit une clientèle grâce aux réseaux sociaux.

Despina Antypa, journaliste pendant 17 ans, gagne 300 euros par mois de la confection de ses macarons. (CFJ / A.C.C.)

Despina Antypa, journaliste pendant dix-sept ans, gagne 300 euros par mois de la confection de ses macarons.            (Photo CFJ/A.C.C.)

Dans le salon de ce pavillon de la banlieue sud d’Athènes, deux trentenaires branchés attendent leur commande. Despina Antypa, cheveux courts, tailleur et rouge à lèvres impeccables, sort de sa cuisine et s’empresse de leur délivrer une boîte de dix-huit macarons. L’échange, chaleureux et professionnel, ne dure que quelques minutes. « Je suis encore dans l’illégalité. J’attends de recevoir une aide de l’Europe pour créer officiellement mon commerce : le Petit Macaron. »

Il y a deux ans, cette ex-employée de librairie entamait sa dix-septième année au sein du quotidien de gauche,  Eleftherotypia. Elle y avait rencontré son mari, Kostas Tsapogas, journaliste de seize ans son aîné, employé au service international de la rédaction.

 « Un lundi matin de 2011, nous sommes allés à la banque et notre salaire n’était pas tombé. On nous a expliqué qu’il y aurait du retard sur les paiements», se souvient-t-elle. Cinq mois plus tard, ils n’avaient toujours rien perçu. « Une situation vécue aujourd’hui par un Grec sur trois et qui n’entre pas dans les chiffres du chômage », précise-t-elle.

Despina Antypa et son mari Kostas Tsapogas ont traversé vingt mois de chômage et de galères. (CFJ / A.C.C.)

Despina Antypa et son mari Kostas Tsapogas sortent lentement de deux années de galère. (photo CFJ/A.C.C.)

Despina Antypa et son mari, comme  huit cents employés du journal, attendent toujours leurs indemnités de départ. Si un jour, ils venaient à remporter la bataille judiciaire contre leur ancien journal, fermé fin 2011, le couple espère toucher les 250 000 euros qui lui sont dus. Leur rêve de s’installer définitivement dans le Sud de la France en dépend.

Depuis une vingtaine de jours, l’atmosphère s’est allégée dans la maison en pierre de tailles. Kostas Tsapogas a trouvé un travail à Bruxelles, loin de son pays en crise, au sein du magazine NewEurope. Un soulagement. Avant, il fallait vivre avec les 300 euros mensuels de la vente des macarons. « Aujourd’hui, c’est de l’argent de poche », constate Despina, modeste. Grand, chauve, sûr de lui, son mari corrige : « C’est cet argent et une aide de ma famille qui nous ont permis de survivre.»

 « Lorsqu’on a vécu ce genre d’épreuve, la peur ne nous quitte plus »

« Quand mes amis ont commencé à perdre leur emploi, j’ai su qu’il fallait que je me prépare à vivre la même chose. » Déterminée à s’adapter à une société qui change du jour au lendemain, elle prend des cours du soir en pâtisserie pendant deux ans. Habituée à la rigueur et au sens du détail, celle qui a été éditrice en chef de l’édition grecque du New-York Times, de 2008 à 2011,  ne s’est pas laissée impressionner par la chimie complexe de la pâtisserie. « Après mes journées de travail, j’allais en cours jusqu’à 22h30. Une fois rentrée, j’essayais les recettes dans ma cuisine », se remémore-t-elle. 

Despina Antypa garde toujours un oeil sur son portable et sur les réseaux sociaux à l'affut de nouveaux clients. (CFJ / A.C.C.)

Despina Antypa garde toujours un oeil sur son portable et sur les réseaux sociaux, à l’affut de nouveaux clients. (photo CFJ/A.C.C.)

L’idée de ne faire que des macarons s’impose rapidement. « On m’a demandé d’être la marraine d’un enfant et de faire le gâteau de baptême, explique-t-elle tout en tripotant nerveusement son portable, à l’affût d’un éventuel client. Après plusieurs propositions, ils ont choisi le macaron, et c’est de là que tout est parti. »

Aujourd’hui,  elle expédie « le gâteau le plus complexe à réaliser au monde » dans toute la Grèce et ses îles. Un succès dû à une présence permanente sur les réseaux sociaux et à des macarons basés sur la recette ultra-légère du pâtissier français mondialement connu, Pierre Hermé. Mais, encore aujourd’hui, la prudence prévaut. « Lorsqu’on a vécu ce genre d’épreuve, la peur ne nous quitte plus. »

Macaron à la pistache avec biscuits inspirés de la recette du fameux pâtissier Pierre Hermé. (CFJ / A.C.C.)

Macaron à la pistache avec biscuits inspirés de la recette du fameux pâtissier Pierre Hermé. (photo CFJ/A.C.C.)

Despina Antypa conçoit ses macarons comme elle pratique la broderie. De la coque en amande au praliné, elle tient à tout faire elle-même. Elle utilise des produits grecs qui viennent parfois de son jardin. Assis à son bureau, le mari précise que le parfum le plus appréciée des clients reste sans conteste celui à la figue, imprégnée de vin doux aux épices. Autres saveurs originales : carotte /orange et crème de sésame.

Le rêve français, en pause, n’est pas définitivement enterré. « Tout le monde fait des macarons en France. Mais si je viens, je pourrais peut-être tirer mon épingle du jeu. » En attendant, cette perfectionniste acharnée peaufine ses recettes dans sa petite cuisine, au fond de la maison, et poursuit sa conquête des palais grecs.

Anne-Charlotte COSTABADIE et Jérôme COUTON

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One Comment

  1. Imene Taieb benabbas says:

    Bravo aux deux auteurs pour nous avoir fait partagé cet article, si intéressant ! Merci beaucoup et bravo encore une fois.