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Les étudiants contre la réforme de l’université


Quelques milliers d’étudiants défilent dans les rues d’Athènes chaque jeudi depuis un mois. Ils refusent le projet de réforme des universités en Grèce, dit « plan Athina ». Reportage. 

Un millier d'étudiants se sont rassemblés place Syntagma, à Athènes, pour protester contre la réforme en cours de discussion au Parlement.

A Athènes, le cortège des manifestations passe immanquablement devant le Parlement.    (photo CFJ/C.F.)

« Nouvelle génération toujours debout, jamais à genoux ! » Banderoles au poing, les étudiants ont envahi les rues d’Athènes. Venus de toute la Grèce, ils ont chanté et crié des slogans, place Syntagma, une grande partie de l’après-midi de ce jeudi 28 mars, protestant contre le « plan Athina ». Ce projet de réforme des universités a fait l’objet d’un décret présidentiel et est actuellement débattu au Parlement. Avec ce plan, le nombre de facultés, qui est de 534 aujourd’hui, pourrait chuter à 384, coupes budgétaires obligent.

« Mon cursus va officiellement fermer. Je n’avais plus que dix leçons pour le terminer, je ne peux pas rester sans rien faire, sans rien dire ! », explique Viki, 25 ans, étudiante depuis cinq ans en management de l’information, à Kavala, une ville du nord du pays. Elle avait déjà parcouru les six cents kilomètres qui séparent Kavala d’Athènes, la semaine dernière, pour venir manifester contre le projet.

Alex, jogging blanc et t-shirt assorti, piercing à l’arcade sourcilière, encarté au KKE, le parti communiste grec,  assure que la fusion des départements qui en découle a déjà des conséquences sur sa scolarité. « Cela fait quatre ans que j’étudie les médias. Ils sont en train de transformer mon cursus et de le réorienter vers le tourisme, cela n’a pas de sens ! » Adonis, lui aussi membre du parti communiste, pense que cette restructuration est due à la réforme LMD, qui doit harmoniser le système universitaire avec le reste de l’Europe.

L’éducation supérieure = 3 % du PIB

Comme Viki et Alex, les étudiants n’en démordent pas : depuis un mois, tous les jeudis, ils reviennent manifester avec la même détermination. Ils refusent que le gouvernement réduise les crédits consacrés à l’éducation supérieure, soit actuellement 3% du PIB selon l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

« Depuis trois ans, la situation s’est vraiment dégradée pour les étudiants », regrette Yiota, en troisième année de droit à l’université d’Athènes. Ils doivent désormais acheter eux-mêmes leurs livres. « J’en ai pour 300 euros par an », indique la jeune fille. Elle ajoute que les places en résidence universitaire ont été considérablement réduites, contraignant de nombreux étudiants à se loger par leurs propres moyens.

A terme, les étudiants craignent même pour la gratuité du système. Pour l’instant, les changements se font pas à pas. La réforme a été amorcée il y a deux ans et un autre projet de fusion a déjà été reporté à… 2018.

La vive inquiétude des étudiants se justifie aussi par une situation déjà critique pour la plupart d’entre eux. Alex est venu accompagné de son père, qui se sent aussi concerné que lui par la réforme. « Nous nous battons en faveur de l’éducation gratuite pour tous. Mon père gagne 700 euros par mois et j’ai deux petites sœurs. Comment voulez-vous qu’il s’en sorte ?  » Pour avoir un peu d’argent, Alex travaille à mi-temps dans un bar, mais il peine à joindre les deux bouts. « Je dépense 400 € par mois, entre le loyer, les factures…  La majeure partie des étudiants sont dans le même cas que moi. »

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Des masques contre les jets de pierre et le gaz lacrymo

Vers 16 heures ce jeudi, la place Syngtama s’agite. Une centaine de manifestants se presse devant l’entrée du Parlement, bloquée par des policiers. « Nous sommes en démocratie, c’est notre droit de pénétrer là où siègent ceux que l’on a élu », crient-ils.

En rangs serrés, les premières lignes d’étudiants défient les forces de l’ordre du regard, un petit drapeau rouge sur l’épaule. Le groupe fait bloc. Soudain, l’un d’eux s’avance et lance un projectile sur les policiers. Les insultes et les provocations fusent. Quelques étudiants et photographes mettent leur masque à gaz. La foule recule un peu, guettant la réaction des policiers. « Les flics n’hésitent pas à gazer tout le monde et à charger dès que ça devient trop tendu », raconte Mika, caché derrière son bandana rouge. C’est la quatrième fois qu’il vient manifester contre le projet « Athina ». Il a déjà sorti de sa poche son spray, « indispensable » pour se nettoyer les yeux en cas d’utilisation de gaz lacrymo, et pour « pouvoir s’enfuir ». Cette fois, il n’en aura pas besoin. Les policiers restent stoïques. Après une demi-heure de tension, les manifestants reculent et se dispersent, en se donnant rendez-vous à jeudi prochain…

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=B7XfgNy4DH0&feature=youtu.be]

 

Textes et photos : Aurélie CARABIN, Clémence FULLEDA, Céline MARTEL, Clothilde MRAFFKO, Fanny NAPOLIER et Gaëtane ROHR

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